Paul Verlaine, Hombres (Hommes), Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part : [s.n.], [1904].
Paul Verlaine
"HOMBRES"
(HOMMES)
O ne blasphéme pas, poéte, et souviens-toi.Certes la femme est bien, elle vaut qu’on la baise,Son cul lui fait honneur, encor qu’un brin obéseEt je l’ai savouré maintes fois, quant à moi.Ce cul (et les tétons) quel nid à nos caresses !Je l’embrasse à genoux et léche son pertuisTandis que mes doigts vont, fouillant dans l’autre puitsEt les beaux seins, combien cochonnes leurs paresses !Et puis, il sert, ce cul, encor, surtout au litComme adjuvant aux fins de coussins, de sous-ventre,De ressort à boudin du vrai ventre pour qu’entrePlus avant l’homme dans la femme qu’il élit,J’y délasse mes mains, mes bras aussi, mes jambes,Mes pieds. Tant de fraîcheur, d’élastique rondeurM’en font un reposoir désirable où, rïdeur,Par instant le désir sautille en voeux ingambes.Mais comparer le cul de l’homme à ce bon cuÀ ce gros cul moins voluptueux que pratiqueLe cul de l’homme fleur de joie et d’esthétiqueSurtout l’en proclamer le serf et le vaincu,« C’est mal, » a dit l’amour. Et la voix de l’Histoire.Cul de l’homme, honneur pur de l’Hellade et décorDivin de Rome vraie et plus divin encor,De Sodome morte, martyre pour sa gloire.Shakspeare, abandonnant du coup Ophélia,Cordélia, Desdémona, tout son beau sexeChantait en vers magnificents qu’un sot s’en vexeLa forme masculine et son alleluia.Les Valois étaient fous du mâle et dans notre éreL’Europe embourgeoisée et féminine tantNéanmoins admira ce Louis de Baviére,Le roi vierge au grand coeur pour l’homme seul battant.La Chair, même, la chair de la femme proclameLe cul, le vit, le torse et l’oeil du fier Puceau,Et c’est pourquoi, d’aprés le conseil à Rousseau,Il faut parfois, poéte, un peu « quitter la dame ».1891.
Mes amants n’appartiennent pas aux classes riches :Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,Leurs quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chichesDe force assez brutale et de procédés gros.Je les goûte en habits de travail, cotte et veste ;Ils ne sentent pas l’ambre et fleurent de santéPure et simple ; leur marche un peu lourde, va prestePourtant, car jeune, et grave en l’élasticité ;Leurs yeux francs et matois crépitent de maliceCordiale et des mots naïvement rusésPartent non sans un gai juron qui les épiceDe leur bouche bien fraîche aux solides baisers ;Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeusesRéjouissent la nuit et ma queue et mon cu ;Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeusesRessuscitent mon désir las, jamais vaincu.Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,Mémoire, pieds, coeur, dos et l’oreille et le nezEt la fressure, tout gueule une ritournelle,Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.Un chahut, une ritournelle fol et folleEt plutôt divins qu’infernals, plus infernalsQue divins, à m’y perdre, et j’y nage et j’y vole,Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals.Mes deux Charles l’un jeune tigre aux yeux de chattesSorte d’enfant de choeur grandissant en soudard,L’autre, fier gaillard, bel effronté que n’épateQue ma pente vertigineuse vers son dard.Odilon, un gamin, mais monté comme un hommeSes pieds aiment les miens épris de ses orteilsMieux encore mais pas plus que de son reste en sommeAdorable drûment, mais ses pieds sans pareils !Caresseurs, satin frais, délicates phalangesSous les plantes, autour des chevilles, et surLa cambrure veineuse et ces baisers étrangesSi doux, de quatre pieds, ayant une âme, sûr !Antoine, encor, proverbial quant à la queue,Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,Taraudant tout mon coeur de sa prunelle bleueEt tout mon cul de son épouvantable épieu.Paul, un athléte blond aux pectoraux superbesPoitrine blanche, aux durs boutons sucés ainsiQue le bon bout ; François, souple comme des gerbesSes jambes de danseur, et beau, son chibre aussi !Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle(Il était bien joli quand ça nous arriva)Jules, un peu putain avec sa beauté pâle.Henri, me va en leurs conscrits qui, las ! s’en va ;Et vous tous ! à la file ou confondus en bandeOu seuls, vision si nette des jours passés,Passions du présent, futur qui croît et bandeChéris sans nombre qui n’êtes jamais assez !1891.
I
C’est un plus petit coeurAvec la pointe en l’air ;Symbole doux et fierC’est un plus tendre coeur.Il verse ah ! que de pleursCorrosifs plus que feuProlongés mieux qu’adieu,Blancs comme blanches fleurs !Vêtu de violet,Fait beau le voir yssir,Mais à tout le plaisirQu’il donne quand lui plaît !Comme un évêque au choeurIl est plein d’onctionSa bénédictionVa de l’autel au choeur.Il ne met que du soirAu réveil auroralSon anneau pastoralD’améthyste et d’or noir.Puis le rite accompli,Déchargé congrûment,De ramener dûmentSon capuce joli.
II
Gland, point suprême de l’êtreDe mon maître,De mon amant adoréQu’accueille avec joie et crainte,Ton étreinteMon heureux cul, perforéTant et tant par ce gros membreQui se cambre,Se gonfle et, tout glorieuxDe ses hauts faits et prouesses,Dans les fessesFonce en élans furieux. —Nourricier de ma fressure,Source sûreOù ma bouche aussi suça,Gland, ma grande friandise,Quoi qu’en diseQuelque fausse honte, or, çà,Gland, mes délices, viens, dresseTa caresseDe chaud satin violetQui dans ma main se harnacheEn panacheSoudain d’opale et de lait.Ce n’est que pour une douceSur le pouceQue je t’invoque aujourd’huiMais quoi ton ardeur se f‚che…O moi lâche !Va, tout à toi, tout à lui,Ton caprice, régle unique.Je rappliquePour la bouche et pour le cuLes voici tout prêts, en selle,D’humeur telleQui te faut, maître invaincu.Puis, gland, nectar et dictameDe mon ‚me,Rentre en ton prépuce, lentComme un dieu dans son nuage,Mon hommageT’y suit, fidéle—et galant.1891.
Eh quoi ! dans cette ville d’eaux,Trêve, repos, paix, intermédeEncor toi de face ou de dos ;Beau petit ami : Ganyméde !L’aigle t’emporte, on dirait commeÀ regret de parmi des fleursSon aile d’élans économeSemble te vouloir par ailleursQue chez ce Jupin tyranniqueComme qui dirait au RevardEt son oeil qui nous fait la niqueTe coule un drïle de regard.Bah, reste avec nous, bon garçon,Notre ennui, viens donc le distraireUn peu, de la bonne façon,N’es-tu pas notre petit frère ?Aix-les-Bains, septembre 1889.
Dans la chambre encore fataleDe l’encor fatale maisonOï la raison et la moraleSe tiennent plus que de raison,Il semble attendre la venueÀ quoi, misére, il ne croit pasDe quelque présence connueEt murmure entre haut et bas :« Ta voix claironne dans mon âmeEt tes yeux flambent dans mon coeur.Le Monde dit que c’est infâmeMais que me fait, ô mon vainqueur ?J’ai la tristesse et j’ai la joieEt j’ai l’amour encore un coup,L’amour ricaneur qui larmoie,O toi beau comme un petit loup !Tu vins à moi gamin faroucheC’est toi, joliesse et bagoutRusé du corps et de la boucheQui me violente dans toutMon scrupule envers ton extrêmeJeunesse et ton enfance malEncore débrouillée et mêmePresque dans tout mon animalDeux, trois ans sont passés à peine,Suffisants pour viriliserTa fleur d’alors et ton haleineEncore prompte à s’épuiserQuel rude gaillard tu dois êtreEt que les instants seraient bonsSi tu pouvais venir ! Mais, traître,Tu promets, tu dis : J’en réponds,Tu jures le ciel et la terre,Puis tu rates les rendez-vous…Ah ! cette fois, viens ! ObtempéreÀ mes désirs qui tournent fous.Je t’attends comme le Messie,Arrive, tombe dans mes bras ;Une rare fête choisieTe guette, arrive, tu verras ! »Du phosphore en ses yeux s’allumeEt sa lévre au souris perversS’agace aux barbes de la plumeQu’il tient pour écrire ces vers…1891.
Monte sur moi comme une femmeQue je baiserais en gaminLà. C’est cela. T’es à ta main ?Tandis que mon vît t’entre, lameDans du beurre, du moins ainsiJe puis te baiser sur la bouche,Te faire une langue faroucheEt cochonne, et si douce, aussi !Je vois tes yeux auxquels je plongeLes miens jusqu’au fond de ton coeurD’oï mon désir revient vainqueurDans une luxure de songe.Je caresse le dos nerveux,Les flancs ardents et frais, la nuque,La double mignonne perruqueDes aisselles, et les cheveux !Ton cul à cheval sur mes cuissesLes pénétre de son doux poidsPendant que s’ébat mon lourdoisAux fins que tu te réjouisses,Et tu te réjouis, petit,Car voici que ta belle gourleJalouse aussi d’avoir son rïle,Vite, vite, gonfle, grandit,Raidit… Ciel ! la goutte, la perleAvant-courriére vient brillerAu méat rose : l’avaler,Moi, je le dois, puisque déferleLe mien de flux, or c’est mon lotDe faire tït d’avoir aux lévresTon gland chéri tout lourd de fiévresQu’il décharge en un royal flot.Lait suprême, divin phosphoreSentant bon la fleur d’amandier,Oï vient l’‚pre soif mendier,La soif de toi qui me dévoreMais il va, riche et généreux,Le don de ton adolescence,Communiant de ton essence,Tout mon être ivre d’être heureux.1891.
Un peu de merde et de fromageNe sont pas pour effaroucherMon nez, ma bouche et mon courageDans l’amour de gamahucher.L’odeur m’est assez gaie en somme,Du trou du cul de mes amants,Aigre et fraîche comme la pommeDans la moiteur de sains ferments.Et ma langue que rien ne dompte,Par la douceur des longs poils rouxRaide et folle de bonne honteAssouvit là ses plus forts goûts,Puis pourléchant le périnéeEt les couilles d’un mode lent,Au long du chibre contournéeS’arrête à la base du gland.Elle y puise ‚prement en quêteDu nanan qu’elle mourrait pour,Sive, la créme de quéquetteCaillée aux éclisses d’amourEnsuite, aprés la politesseTraditionnelle au méatRentre dans la bouche oï s’empresseDe la suivre le vit béat,Débordant de foutre qu’avaleCe moi confit en onctionParmi l’extase sans rivaleDe cette bénédiction !1891.
Il est mauvais coucheur et ce m’est une joieDe le bien sentir, lorsqu’il est la fiére proieEt le fort commensal du meilleur des sommeilsSans fausses couches — nul besoin ? et sans réveils,Si prés, si prés de moi que je crois qu’il me baise, [1]En quelque sorte, avec son gros vît que je sensDans mes cuisses et sur mon ventre frémissantsSi nous nous trouvons face à face, et s’il se tourneDe l’autre cïté, tel qu’un bon pain qu’on enfourneSon cul délicieusement rêveur ou non,Soudain, mutin, malin, hutin, putain, son nomDe Dieu de cul, d’ailleurs choyé, m’entre en le ventre,Provocateur et me rend bandeur comme un ( chantre,. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ( diantre,Ou si je lui tourne semble vouloirM’enculer ou, si dos à dos, son nonchaloirBrutal et gentil colle à mes fesses ses fesses,Et mon vit de bonheur, tu mouilles, puis t’affaissesEt rebande et remouille, — infini dans cet us.Heureux moi ? Totus in benigno positus :1891.
Autant certes la femme gagneÀ faire l’amour en chemise,Autant alors cette compagneEst-elle seulement de miseÀ la condition expresseD’un voile, court, délinéantCuisse et mollet, téton et fesseEt leur truc un peu trop géant.Ne s’écartant de sorte nette,Qu’en faveur du con, seul divin,Pour le coup et pour la minette,Et tout le reste, en elle est vainÀ bien considérer les choses,Ce manque de proportions,Ces effets trop blancs et trop roses…Faudrait que nous en convinssions,Autant le jeune homme profiteDans l’intérêt de sa beauté,Prêtre d’Éros ou néophyteD’aimer en toute nudité.Admirons cette chair splendide,Comme intelligente, vibrant,Intrépide et comme timideEt, par un privilége grandSur toute chair, la féminineEt la bestiale — vrai beau ! —Cette grâce qui fascineD’être multiple sous la peauJeu des muscles et du squelette,Pulpe ferme, souple tissu,Elle interpréte, elle compléteTout sentiment soudain conçu.Elle se bande en la colére,Et raide et molle tour à tour,Souci de se plaire et de plaire,Se tend et détend dans l’amour.Et quand la mort la frapperaCette chair qui me fut un dieu,Comme auguste, elle fixeraSes éléments, en marbre bleu !1891.
Même quand tu ne bandes pas,Ta queue encor fait mes délicesQui pend, blanc d’or entre tes cuisses,Sur tes roustons, sombres appas.-- Couilles de mon amant, soeurs fiéresÀ la riche peau de chagrinD’un brun et rose et purpurin,Couilles farceuses et guerriéres,Et dont la gauche balle un peu,Tout petit peu plus que l’autreD’un air roublard et bon apïtreÀ quelles donc fins, nom de Dieu ? —Elle est dodue, ta quéquetteEt veloutée, du pubisAu prépuce fermant le pis,Aux trois quarts d’une rose crête.Elle se renfle un brin au boutEt dessine sous la peau douceLe gland gros comme un demi-pouceMontrant ses lévres justes au bout.Aprés que je l’aurai baiséeEn tout amour reconnaissant,Laisse ma main la caressant,La saisir d’une prise osée,Pour soudain la décalotter,En sorte que, violet tendre,Le gland joyeux, sans plus attendre,Splendidement vient éclater ;Et puis elle, en bonne bougresseAccélére le mouvementEt Jean-nu-tête en un momentDe se remettre à la redresse.Tu bandes ! c’est ce que voulaientMa bouche et mon ( cul !. . . . . . . . . . . . . . . . . ( con… choisis, maître.Une simple douce, peut-être ?C’est ce que mes dix doigts voulaient.Cependant le vit, mon idole,Tend pour le rite et pour le cul —Te, à mes mains, ma bouche et mon culSa forme adorable d’idole.1891.
Cette piéce copiée en double par l’auteur pour en titre : « Interludes » fragment d’un livre intitulé : « Hommes », déchiré en manuscrit par l’auteur, avec cette variante au deuxiéme vers de l’avant-derniére strophe.
Dans ce café bondé d’imbéciles, nous deuxSeuls nous représentions le soi-disant hideuxVice d’être « pour homme » et sans qu’ils s’en doutassentNous encagnions ces cons avec leur air bonasse,Leurs normales amours et leur morale en toc,Cependant que, branlés et de taille et d’estoc,À tire-larigot, à gogo, par principesToutefois, voilés par les flocons de nos pipes,(Comme autrefois Héro copulait avec Zeus),Nos vits tels que des nez joyeux et KarrogheusQu’eussent mouchés nos mains d’un geste délectable,Eternuaient des jets de foutre sous la table.1891.
O souvenir d’enfance et le lait nourricierEt ô l’adolescence et son essor princier !Quand j’étais tout petit garçon j’avais coutumePour évoquer la Femme et bercer l’amertumeDe n’avoir qu’une queue imperceptible boutDérisoire, prépuce immense sous quoi boutTout le sperme à venir, ô terreur sébacée,De me branler avec cette bonne penséeD’une bonne d’enfant à motte de velours.Depuis je décalotte et me branle toujours !1890.
O mes amants,Simples natures,Mais quels tempéraments !Consolez-moi de ces mésaventuresReposez-moi de ces littératures,Toi, gosse pantinois, branlons-nous en argot.Vous, gas des champs, patoisez moi l’écot,Des pines au cul et des plumes qu’on taille,Livrons-nous dans les bois touffusLa grande batailleDes baisers confus.Vous, rupins, faisons-nous des langues en artistesEt merde aux discours tristes,Des pédants et des cons.(Par cons, j’entends les imbéciles,Car les autres cons sont de miseMême pour nous, les difficiles,Les spéciaux, les servants de la bonne …gliseDont le pape serait PlatonEt Socrate un protonotaireUne femme par-ci, par-là, c’est de bon tonEt les concessions n’ont jamais rien perduPuis, comme dit l’autre, à chacun son dûEt les femmes ont, mon dieu, droit à notre gloireSoyons-leur doux,Entre deux coupsPuis revenons à notre affaire).O mes enfants bien aimés, vengez-moiPar vos caresses sérieusesEt vos culs et vos noeuds régals vraiment de roi,De toutes ces viandes creusesQu’offre la rhétorique aux cervelles breneusesDe ces tristes copains qui ne savent pourquoi.Ne métaphorons pas, foutonsPelotons nous bien les roustonsRinçons nos glands, faisons ripaillesEt de foutre et de merde et de fesses et de cuisses.
Voir en ligne : Paul Verlaine et Arthure Rimbaud - Sonnet du Trou du Cul
Texte établi par EROS-THANATOS d’après les poèmes érotiques de Paul Verlaine, Hombres (Hommes), Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part : [s.n.], [1904].
[1] Variante. — Si prés de moi, comme agressif et soufflant d’aise.
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