Eros-Thanatos Bibliothèque de littérature érotique : histoires, textes, récits et confessions érotiques

Accueil > Le Salon de l’érotisme > Éloge du sein des femmes > Des beaux tétons

Navigation



Éloge du sein des femmes

Des beaux tétons

Ouvrage curieux (Chapitre II)



Auteur :

Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre II : « Des beaux tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.




CHAPITRE II.
DES BEAUX TÉTONS.

Avant de déterminer la forme et les qualités qui rendent une gorge parfaite, examinons en quoi consiste la beauté d’une femme. Il faut, dit-on, qu’elle réunisse les trente points suivants :

La jeunesse.
 
Taille ni trop grande ni trop petite.
N’être ni trop grasse ni trop maigre.
La symétrie et la proportion de toutes les parties.
De beaux cheveux longs et déliés.
La peau délicate et polie.
Blancheur vive et vermeille.
Un front uni.
Les tempes non enfoncées.
Des sourcils comme deux lignes.
L’œil bleu, à fleur de tête ; et le regard doux.
Le nez un peu long.
Des joues un peu arrondies, avec une petite fossette.
Le rire gracieux.
Deux lèvres de corail.
Une petite bouche.
Dents blanches et bien rangées.
Le menton un peu rond et charnu, avec une fossette au bout.
Les oreilles petites, vermeilles et bien jointes à la tête.
Un cou d’ivoire.
Un sein d’albâtre.
Deux boules de neige.
Une main blanche, longue et potelée.
Les doigts terminés en pyramides.
Des ongles de nacres, de perle, tournés en ovale.
L’haleine douce.
La voix agréable.
Le geste libre et sans affectation.
Le corsage délié.
La démarche modeste.

On a dit qu’Hélène réunissait ces trente points. Franciscus Corniger les a mis en dix-huit vers latins. Vincentio Calmeta les a aussi mis en vers italiens qui commencent par Dolce Flaminia.

Voici ceux de François Corniger :

MULIERIS PULCHRITUDO.
 
Triginta hæc habeat, quæ vult formosa videri
Foemina : sic Helenam fama fuisse refert.
Alba tria, et totidem nigra ; et tria rubra ; puellæ.
Tres habeat longas res, totidemque breves.
Tres crassas, totidem graciles, tria stricta, tot ampla,
Sint itidem huic formæ, sint quoque parva tria.
Alba cutis, nivei dentes albique capilli :
Nigri oculi, cunnus, nigra supercilia.
Labra, genæ, atque ungues rubri. Sit corpore longo,
Et longi crines, sit quoque longa manus.
Sintque breves dentes ; auris, pes. Pectora lata,
Et clunes, distent ipsa supercilia.
Cunnus et os strictam, stringunt ubi cingula stricta,
Sint coxæ et culus, vulvaque turgidula.
Subtiles digiti, crines et labra puellis.
Parvus sit nasus, parva mamilla, caput.

En voici la traduction, que rapporte un vieux livre français intitulé : De la louange et beauté des Dames.

Trois choses blanches : la peau, les dents et les mains.
Trois noires : les yeux, les sourcils et les paupières.
Trois rouges : les lèvres, les joues et les ongles.
Trois longues : le corps, les cheveux et les mains.
Trois courtes : les dents, les oreilles et les pieds.
Trois larges : la poitrine ou le sein, le front et l’entre-sourcil.
Trois estroites : la bouche, l’une et l’autre, la ceinture ou la taille et l’entrée du pied.
Trois grosses : le bras, la cuisse et le gros de la jambe.
Trois déliées : les doigts, les cheveux et les lèvres.
Trois petites : les tétins, le nez et la teste.

L’auteur du Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant, etc., dit qu’une belle femme se compose des beautés de divers pays.

Qui voudra belle femme querre (chercher),
Prenne visage d’Angleterre,
Ayant le corps d’une Flamande
Et les tetins d’une Normande,
Entés sur un cul de Paris,
Il aura femme de bon prix.
 
Celle qui a les bras charnus,
Grosse mammelle, nez camus,
Longue raison et courtes mains,
Elle est sujette au bas des reins.
 
Fille qui fait tetins paroir (paraître)
Son corps par étroite vêture
On se peut bien apercevoir
Que son c.. demande pâture.

Les trois quatrains ci-dessus sont tirés du Momus Redivivus, t. II, p. 30 et 31, publié par Mercier de Compiègne, qui, lui-même, les a pris dans l’ouvrage cité plus haut.

BLASON DE LA BELLE FILLE.
 
Une dame d’excellente beauté
En tous ses faits doit estre modérée,
Avoir le cœur rempli de loyauté,
Maintien rassis, contenance assurée ;
Bouche riant, mignonne, savourée,
Œil verdelet, le front largettement,
Clere de vis [1], de couleur proprement.
Menton fourchu, la chevelure blonde.
Humble regard à lever doucement,
Parfaite en bien seroit la plus du monde.
 
Ferme tetin sur l’estomac planté,
Large entre-deux, rencontre relevée
Gorge plaisante, et le col long, santé,
Le nez traitiz [2], sourcille déliée,
Mollette main, blanche, bien alliée
De doigts et bras gresle tant seulement,
Gente de corps, taillée adroitement.
Hauteur moyenne et de belle faconde,
Gorriere [3] un peu, parler courtoyement,
Parfaite en bien seroit la plus du monde.
 
Parmy les rains bien fournis à planté,
Grosse cuisse et devant haut enc...ée,
Motte à plein poing, sans être trop hantée,
De doux accueil et de rebelle entrée,
Le ventre épais, barbe de frais rasée,
Tenir l’escu au besoing droitement,
Et son bourdon serrer estroitement,
Je ne m’enquiers du trop ou peu profonde,
Le compagnon porter joyeusement
Parfaite en bien seroit la plus du monde.
 
ENVOY.
 
Prince gentil, pour vostre esbatement
Si vous trouvez un tel appointement
Au petit pied, jambe grossette et ronde,
Montez dessus et picquez hardiment,
Parfaite en bien seroit le plus du monde.
PIERRE DANCRE
 
ÉPIGRAMME PAR LE SIEUR MOTIN.
 
Si les esprits sont amusez
A joüer aux Champs Elisez,
Quand ils veulent jouer aux quilles,
Les boules sont tetins de filles.
Il est bien vray qu’en cet esbat
La boule les quilles abbat,
Mais icy c’est une autre affaire,
Car aux quilles vient le contraire,
Puisqu’au lieu de les renverser
Les tetins les font redresser.
 
CHANSON.
 
J’ayme une fille de village,
De qui le gros sein pommelé
Monstre qu’elle tient recelé
Sous sa cotte un gros pucelage.
 
Aussi est-ce à elle qu’on baille
De son village tout l’honneur,
Capable d’allumer un cœur
D’une autre flamme que de paille.

Le plus galant des troubadours français, le célèbre Marot, nous instruit particulièrement de la beauté des tétons dans l’épigramme suivante :

SUR LE BEAU TETIN.
 
Tetin refait, plus blanc qu’un œuf,
Tetin de satin blanc tout neuf,
Tetin qui fait honte à la rose,
Tetin plus beau que nulle chose,
Tetin dur (non pas tetin, voire,
Mais petite boule d’yvoire)
Au milieu duquel est assise
Une frèze, ou une cerise,
Que nul ne void ne touche aussi ;
Mais je gage qu’il est ainsi,
Tetin donc au petit bout rouge,
Tetin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller,
Tetin gauche, tetin mignon,
Tousjours loing de son compagnon,
Tetin qui portes tesmoignage
Du demeurant du personnage.
Quand on te void il vient à maints
 
DES FEMMES
 
Une envie dedans les mains
De te taster, de te tenir :
Mais il se faut bien contenir
D’en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendroit une autre envie.
 
O tetin ne grand, ne petit,
Tetin meur, tetin d’appétit,
Tetin qui nuict et jour criez,
Mariez moy tost mariez.
Tetin qui t’enfles et repousses
Ton gorgias de deux bons pousses,
A bon droit heureux on dira
Celui qui de laict t’emplira
Faisant d’un tetin de pucelle,
Tetin de femme entière et belle.

Nous croyons faire plaisir au lecteur en mettant à la suite de la pièce de Marot celle de Guichard, qui lui sert de réponse.

LES TÉTONS. — À CLÉMENT MAROT.
 
Sur les tétons, Marot, je pense comme vous :
C’est l’ornement, le trésor d’une belle.
À des tétons qui peut être rebelle ?
L’œil ne peut voir rien de plus doux.
Bienheureuse la main qui les tient à son aise !
Et plus heureuse encor la bouche qui les baise !
Hélas ! pourquoi gêner leur liberté ?
Nul ajustement ne les pare
Comme l’entière nudité.
Ce qu’il faut d’embonpoint, leur élasticité,
L’intervalle qui les sépare,
Ce poli du satin, cette aimable rondeur,
Du bouton incarnat de la rose naissante,
Ce bouton surpassant la forme et la couleur,
Ce transparent tissu de neige éblouissante,
Et l’azur qui dessous se divise et serpente.
Tout est vu, pressé, dévoré,
Le BEAU TETIN, par vous gentiment célébré
Valoit-il les tétons pour lesquels je soupire ?
Mon cher Marot, eh quoi ! ces tétons pleins d’appas
Ne vous font point revoler ici-bas !
J’en remettrois la gloire à votre lyre.
 
Ô de tous les tétons, tétons victorieux,
Chef-d’œuvre de l’amour, tétons… tétons des Dieux !
Foible mortel, renonce à chanter leur empire ;
Tout l’Olympe assemblé n’y pourroit pas suffire ;
Et, ce qui fait leur prix, ce qui fait mon bonheur,
Auprès de ces tétons je sens… je sens un cœur.

Benserade a rivalisé avec Marot dans l’apothéose des beaux tétons ; car quel poëte ne les a pas chantés ! et voici la belle définition qu’il en donne dans un sonnet :

Beau sein déjà presque rempli,
Bien qu’il ne commence qu’à poindre,
Tétons qui ne font pas un pli,
Et qui n’ont garde de se joindre.
 
De jeunesse ouvrage accompli,
Que de fard il ne faut pas oindre ;
Si l’un est rond, dur et poli,
L’autre l’égale et n’est pas moindre.
 
Sein par qui les dieux sont tentés,
Digne échantillon de beautés,
Que le jour n’a point regardées ;
 
Il garantit ce qu’il promet,
Et remplit toutes les idées
Du paradis du Mahomet

La blancheur, la rondeur et la fermeté sont donc trois qualités essentiellement requises pour mériter aux tétons le nom de beaux. Marot, qui était connaisseur dans cette sorte de friandise, les aimait ronds, comme on le voit dans ces vers, qui renferment des conseils sur le choix d’une maîtresse.

Quand vous voudrez faire une amie,
Prenez-la de belle grandeur :
En son esprit non endormie,
Et son tetin bonne rondeur.
Douceur
En cœur,
Langage
Bien sage,
Dansant, chantant par bons accords,
Et ferme de cœur et de corps.
 
Si vous la prenez trop jeunette,
Vous en aurez peu d’entretien ;
Pour durer, prenez-la brunette,
En bon poinct d’asseuré maintien :
Tel bien
Vaut bien
Qu’on fasse
La chasse
Du plaisant gibier amoureux :
Qui prend telle proye est heureux.

Marot le prouve encore par ce rondeau :

Toutes les nuicts, je ne pense qu’en celle
Qui a le corps plus gent qu’une pucelle
De quatorze ans, sur le point d’enrager,
Et au dedans un cœur, pour abbréger,
Autant joyeux qu’eut onques demoiselle.
Elle a beau teint, un parler de bon zèle,
Et le tetin rond comme une groiselle,
N’ay-je donq pas bien cause de songer
Toutes les nuicts ?
Touchant son cœur, je l’ay dans ma cordelle,
Et son mary n’a, sinon le corps d’elle ;
Mais toutefois, quand il voudra changer,
Prenne le cœur, et pour le soulager,
J’auray pour moi le gent corps de la belle
Toutes les nuicts.

Bois-Robert, né à Caen, en 1592, a aussi chanté le sein dans les stances suivantes :

Beau sein, belles bouches d’yvoire,
Vivants objects de ma memoire,
Cheres delices de mes jours,
Qui dedans vos rondes espaces
Cachez la demeure des Graces
Et la retraicte des Amours.
 
Gorge de lys, pommes d’albatre
De qui mon œil est idolatre,
Source des amoureux desirs.
Parfait assemblage de charmes,
Digne sujet de tant de larmes,
De tant de vers et de soupirs :
 
Objects d’eternelle allegresse,
Petits messagers de jeunesse,
Petits gemeaux ambitieux,
Qui desja pour vous trop cognestre
Ne faisant encor que de naistre,
Vous enflez d’orgueil à nos yeux.
Plus heureux qui pour vous soupire ;
Le mal qu’il se plaist d’endurer :
Mais, ô merveille que j’adore,
Je tiens bien plus heureux encore
Celuy qui vous fait souspirer.

Charles Cotin nous fait voir dans le sonnet suivant sur les tétons, qu’ils doivent être fermes, ronds, et bien écartés l’un de l’autre.

Tandis que deux voisins sans se joindre véquirent,
Tous deux également de tous furent aimez ;
Tous deux enflez d’orgueil et de grace animez.
Partagèrent entr’eux l’honneur qu’ils acquirent ;
 
Tous deux avoient quinze ans à l’âge qu’ils naquirent ;
Tous deux sur même moule ils paraissoient formez ;
L’un l’autre ils se fuyoient de dépit enflammez,
L’un à l’autre enviant les conquêtes qu’ils firent.
 
Bien qu’un prince passât, ils ne s’ébranloient point ;
Mais enfin leur orgueil s’enfla jusqu’à ce point,
Que leur triste union commença de paroître.
 
Ils se baisèrent tant, qu’ils en firent pitié ;
L’amour de tous naquit de leur inimitié,
Et de leur union le mépris vint à naître.

M. Le Pays paraît être du même goût, quand il dit à son Iris, dans le portrait qu’il fait d’elle :

« Votre gorge semble avoir été faite au tour ; et l’on peut dire que c’est une beauté achevée. Votre sein est digne de votre gorge ; il est blanc, gras et potelé. Les deux petits globes qui le composent ne sont éloignez que de deux doigts, et cependant je suis assuré que de leur vie ils ne se sont baisez, quoi qu’ils soient frères, et qu’ils deussent bien s’aimer, si la ressemblance fait l’amitié. »

L’auteur de la chanson picarde, qui commence par ces mots : Ton himeur est, Catherene, les aimait aussi avec cette qualité ; il fait dire à l’amant :

Pour ta bouche elle est plus rouge
Que n’est la creste d’un cocq ;
Et ta gorge qui ne bouge,
Paroit plus ferme qu’un roc.

Une belle gorge étant la meilleure recommandation que puisse avoir une femme, elle ne saurait trop la voiler pour la garantir du hâle ; car il en est peu de privilégiées aujourd’hui à qui l’on puisse adresser ce madrigal :

On a beau dire, Iris, pour louer votre teint,
Que sa blancheur est sans seconde :
Pour moi qui ne dis rien de flatteur ni de feint,
Je soutiens qu’il en est une plus grande au monde.
N’en déplaise à la vanité
De votre superbe visage ;
Vos tétons, belle Iris, en bonne vérité,
Voudroient-ils en blancheur lui céder l’avantage ?

La Puce de Mme des Roches, Paris, 1583, in-4° ; 1610, in-8°. Réimprimé, 1868, Paris, Jouaust, petit in-8°.

On sait quelle fut l’origine de ce recueil. La haute société de Poitiers s’honorait alors de deux dames appartenant à la race des Précieuses, de Molière, c’étaient Mme des Roches et sa fille Catherine. Poëtes elles-mêmes, mais dans une mesure très-restreinte, elles réunissaient autour d’elles une société de beaux esprits. Les Grands-Jours, tenus à Poitiers en 1579, amenèrent autour de ces dames tous les magistrats que cette solennité avait appelés dans cette ville. Un jour, Étienne Pasquier aperçut une puce qui s’était « parquée au beau milieu du sein » de Mlle des Roches ; il fit remarquer la témérité de l’animal ; il s’ensuivit quelques propos badins ; l’incident provoqua d’abord l’échange de deux pièces de vers entre Pasquier et Mlle des Roches ; les savants magistrats, prenant fait et cause, se mirent à célébrer la puce en français, en latin, en espagnol, en grec même. Pasquier recueillit ces divers morceaux ; de là vint le volume qui devait avoir pour titre : la Puce de Mlle des Roches, car ce ne fut pas madame sa mère qui fut l’héroïne de l’aventure. L’uniformité du sujet donne à ces compositions une teinte de monotonie, mais la forme en est toujours agréable, et on y trouve de gracieux détails. L’éditeur de 1868 a suivi le texte de l’édition de 1610, en notant les principales variantes (les préfaces des deux éditions sont tout à fait différentes) ; il s’est borné à reproduire les pièces françaises.

Nous nous contenterons de citer la pièce ci-dessous, d’Étienne Pasquier. Elle résume à elle seule tout ce que les autres poëtes en ont pu dire.

LA PUCE.
 
Ainsi que dedans le pré,
D’un vert émail diapré,
On voit que la blonde avette
Sur les belles fleurs volette,
Pillant la manne du ciel,
Dont elle forme son miel ;
Ainsi, petite pucette,
Ainsi, puce pucelette,
Tu voles à tâton
Sur l’un et l’autre téton ;
Or, ayant pris ta posture,
Tu t’en viens à l’aventure.
Soudain après héberger
Au milieu d’un beau verger,
Paradis qui me réveille,
Lorsque plus elle sommeille :
Là, prenant ton bel ébat,
Tu lui livres un combat,
Combat qui aussi l’éveille,
Lorsque plus elle sommeille.
 
Je ne veux ni du taureau,
Ni du cygne, blanc oiseau,
Ni d’Amphytrion la forme,
Ni qu’en pluye on me transforme.
Puisque ma dame se paist
Sans plus de ce qui te plaist,
Plust or à Dieu que je pusse
Seulement devenir puce !
Tantost je prendrois mon vol
Tout au plus haut de ton col,
Ou, d’une douce rapine,
Je sucerois ta poitrine,
Ou lentement, pas à pas,
Je me glisserois plus bas,
Et d’un muselin folastre,
Je serois puce idolastre,
Pinçottant je ne sçais quoi,
Que j’aime trop plus que moi !
Mais las ! malheureux poëte !
Qu’est-ce qu’en vain je souhaite ?
Cet échange affiert à ceux
Qui font leur séjour aux cieux.
Et partant, puce pucette,
Partant, puce pucelette,
Petite puce, je veux
Adresser vers toi mes vœux.
Si tu piques les plus belles,
Si tu as aussi des aisles
Tout ainsi que Cupidon,
Je te requiers un seul don
Pour ma pauvre âme altérée,
O puce ! ô ma Cythérée !
C’est que ma dame, par toi,
Se puisse éveiller pour moi !
Que pour moi elle s’éveille,
Et ait la puce en l’oreille !
ÉTIENNE PASQUIER [4].
 
MADRIGAL.
 
Le téton de Babet est plus blanc que l’albastre ;
Pour estre ferme et rond il n’a point de pareil ;
On ne peut sans amour voir son bouton vermeil,
Faut-il donc s’estonner si j’en suis idolastre !
Quand j’y porte la main de son consentement
Rien ne peut estre égal à mon contentement,
Je suis ravy d’avoir ce charmant privilége,
Mais quand elle s’oppose à mon ardent dessein,
O Babet ! ô friponne, aussitost, m’escriay-je,
Vous faites bien la fière avec votre beau sein,
Ah ! vrayment vostre sein est un beau sein de neige.
 
(Nouveau mélange de pièces curieuses, tant en prose
qu’en vers. Paris, A. de Sommaville, 1664, in-12.)

Il existe un poëme allégorique et moral, intitulé : Architrenius, publié à Paris en 1517, in-4o, et dont l’auteur, Jean d’Hanteville ou d’Hanville, était un moine qui vivait à la fin du douzième siècle. Ce bon religieux mettait, dans ses vers, sans y entendre malice, des traits un peu vifs ; il se plaît, par exemple, à tracer le portrait d’une jeune beauté ; un passage est relatif au sein, il tombe dans notre domaine :

Non implet longoeva sinum, puerilibus annis
Castigata sedes, teneroque rotundula botro…

Nous avons sous les yeux une traduction inédite de ce fragment :

« Tel qu’une graine vermeille de raisin, un petit tetin, frais et poli, s’élève mollement sur un sein arrondi, et la couleur de rose contraste avec cette touffe de lys. Ces deux globes charmants sont grossis par l’effet de leur jeunesse, et non par le lait qui ne les a pas encore remplis. Un léger nœud de ruban les serre sans en comprimer la fermeté. Elevés au milieu d’une surface plane, ces monticules font voir au milieu d’eux comme un vallon. »

LES DÉLICES DE LA POÉSIE GALANTE.
Paris, Ribou, 1666, in-12.
 
SIXAIN.
En envoyant un bouquet de jassemin.
 
Allez, doux jassemin où l’amour vous appelle,
Et si vous approchez du beau sein de Philis,
Dont la blancheur ternit celle des plus beaux lis,
Avant que de mourir, dites à cette belle
Que je croirais mon sort bien doux
D’y pouvoir mourir avec vous.
SOMAISE.
 
SUR UNE SANGSUE QUI PIQUE LE SEIN DE SYLVIE.
 
Quel objet de courroux se présente à ma vue ?
Un insecte cruel, une noire sangsue
Pique un sein plus blanc que les lys,
Dont tous les traits sont accomplis.
Crois-tu bien te souler du sang de ma Silvie ?
Sa blancheur te devrait détourner du dessein
De lui piquer le sein.
Si tu veux contenter ta malheureuse envie,
La peine suivra ton souhait,
Car soudain tu perdras la vie
Et tu n’auras sucé que des gouttes de lait.
LE BUSC.

Cette pièce étant un peu longue et assez médiocre, nous n’en reproduirons qu’un fragment :

Ce bois touche par privilège
Un double petit mont de neige
Qui, par un joli mouvement
Se soulève fort mollement
Et puis mollement se rabaisse,
Allant et revenant sans cesse
D’un air charmant et gracieux,
Comme s’il s’approchait des yeux
Pour ses beautés faire connoistre
Et puis mollement disparoistre.
 
L’AMOUR SUR UNE GORGE REBONDIE.
SONNET.
 
C’est ici qu’on peut voir qu’en l’un et l’autre monde
Je règne également et je donne des loix ;
J’en ai deux aujourd’hui que j’habite à mon choix
Et dans chacun des deux ma gloire est sans seconde.
 
Sur deux fermes tétons mon empire se fonde ;
J’y soumets sans efforts les plus superbes rois ;
Il n’en est point qui puisse éviter mes exploits
Et que ma politique à la fin ne confonde.
 
Je ne crains pas, comme eux, les moindres changemens ;
J’aime à voir remuer, et les soulèvemens
Servent à ma grandeur, s’ils font leur décadence.
 
Et quoy que les prudens et les plus advisés
Imputent la faiblesse aux États divisés,
Si les miens ne l’étoient, j’aurois moins de puissance.

Louis XV demanda un jour à Bouret, secrétaire du cabinet, comment il trouvait la dauphine et si elle avait de la gorge. Il répondit que Marie-Antoinette était charmante de figure et qu’elle avait de beaux yeux. « Ce n’est pas cela dont je vous parle, répondit Sa Majesté, je vous demande si elle a de la gorge. — Sire, je n’ai pas pris la liberté de porter mes regards jusque-là. — Vous êtes un sot, continua le monarque en riant, c’est la première chose qu’on regarde aux femmes. »

RONDEAU.
 
Au doulx chant de ces alouettes
En ces moys dauril et de may
Je me mettois en grand esmoy
De dire plusieurs bergerettes
La desirois mes amourettes
A les tenir aupres de moy
Au doulx chant.
 
Pour manier les mammelettes
Et leur bailler soubdain la foy
Tout ainsi que faire le doy
Dessus ces belles herbelettes
Au doulx chant.
MARINO.

Les tétons des belles sont deux tours vivantes d’albâtres d’où l’Amour blesse les amants. Ce sont deux écueils contre lesquels nos libertés vont agréablement faire naufrage ; deux mondes de beauté éclairés par deux beaux soleils qui sont les yeux. Un auteur français les compare à deux pommes et s’écrie :

Heureux qui peut monter sans bruit
Sur l’arbre qui porte ce fruit.

Au commencement du XVIIIe siècle, les dames portaient sur leur gorge découverte des croix et des petits Saint-Esprit en diamants. Aussi, un prédicateur s’écria-t-il un jour en chaire : « Bon Dieu ! peut-on plus mal placer la croix qui représente la mortification, et le Saint-Esprit, auteur de toutes bonnes pensées. »

Voici une pièce manuscrite attribuée à Voisenon ; j’ignore si elle a été imprimée, mais comme elle est peu connue, les lecteurs seront sans doute charmés de la trouver ici.

LES TETONS DE MA COUSINE.
 
Il te souvient de ce Pygmalion,
De la statue élégante qu’il aime,
Et que Vénus, pour sa dévotion,
Avoit changée en une autre elle-même.
 
En toi le cas pareil est arrivé ;
Tu fus statue ; car, par expérience
J’en suis certain, et ce qu’ici j’avance
Est dans ces vers un peu plus bas prouvé.
 
Étant encor bloc de marbre insensible
Tout étoit dur ; tu n’avois nul ressort ;
Vénus voulut t’amollir tout le corps
Pour te le rendre aux plaisirs plus flexible.
 
Pour recevoir et donner un baiser
Bien tendrement à l’amant qui te presse,
Elle amollit ta bouche enchanteresse,
Elle amollit tes bras pour l’embrasser.
 
Jambes d’abord et ce qui les surmonte
Gardent encor un peu de dureté,
Moins que le marbre, et si plus haut on monte,
On trouvera de l’élasticité.
 
Mais ce qui peut mieux prouver mon système,
Elle oublia de changer tes tétons ;
Ils sont taillés aussi juste, aussi ronds
Et blancs et durs comme le marbre même.
 
MADRIGAL.
 
Tout ici baise, Jeanneton,
Ton mouchoir baise ton téton,
Tes cheveux se baisent et rebaisent,
Je vois tes lèvres se baiser ;
Et si toutes choses se baisent
Voudrais-tu bien me refuser ?

Je n’ai pas envie de déterminer positivement ici de quelle taille doivent être les tétons, ni prendre parti dans le différend qui pourrait s’élever sur la longueur, la largeur et la distance de ces deux parties du corps des belles ; je dirai seulement que si les hommes ont raison de donner la préférence aux plus gros, d’autres n’ont pas tort de préférer un sein qui n’est pas fort garni. Il faut croire, sur ce point, que Le Pays parlait sérieusement et sans flatterie à sa Caliste, lorsqu’il s’exprimait ainsi :

« Votre sein n’est pas des plus remplis, mais ce que vous en avez est blanc ; et, s’il m’est permis de le dire comme je le pense, le morceau, pour être petit, ne laisse pas d’être délicat. »

Une chose au moins que je puis avancer hardiment, c’est qu’une femme ne saurait être belle, si elle n’a une belle gorge et un beau sein. Aussi voyons-nous que de tous les faiseurs de portraits, aucun n’oublie les tétons, quand il veut peindre une beauté parfaite.

M. Victor Cousin, dans son ouvrage sur Mme de Longueville, parle à diverses reprises de l’objet qui nous occupe. Décrit-il (t. Ier, p. 321) un portrait de la duchesse par Anselme van Hull, il observe que « le sein à demi-découvert, paraît dans sa beauté modeste. » A-t-il l’occasion de retracer les traits d’Anne d’Autriche, de la duchesse de Chevreuse, de Mme de Montbazon, il n’oublie pas de vanter la perfection de leur gorge. Le philosophe éclectique, le traducteur de Platon, l’éditeur de l’infortuné Abailard, était connaisseur.

Voir en ligne : S’il est de la bienséance que les dames laissent voir leurs tétons, et s’il est permis aux amants de les toucher (Chapitre III)

P.-S.

Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre II : « Des beaux tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.

Notes

[1Visage.

[2Bien fait, joli.

[3Recherchée dans sa toilette.

[4Étienne Pasquier, avocat, naquit en 1529 et mourut en 1615.



 RSS 2.0 | Mode texte | Plan du site | Notice légale | Contact
Psychanalyse Paris | Psychanalyste Paris | Annuaire Psychanalystes Paris | Annuaire Psychanalyste Paris | Blogs Psychanalyse Paris