Théophile Gautier, « Musée secret », L’Œuvre libertine des poètes du XIXe siècle, pièces recueillies par Germain Amplecas, Bibliothèque des curieux, collection « Les maîtres de l’amour », Paris, 1918, pp. 172-176.
Voici une pièce avouée de Théophile Gautier. (Poésies complètes. — Paris, Charpentier, 1876, in-12, tome II, 339 pp. On lit sur la page en regard du titre : Il a été tiré quinze exemplaires semblables à celui-ci. Il est interdit de les mettre dans le commerce.) Elle est célèbre et fort belle. Gautier s’y montre tel qu’il était, un grand artiste amant de la Beauté. Ce poème eût été digne de Goethe, mais Gautier seul pouvait l’écrire. On dit que Gautier aurait pu être, si la vie ne l’avait contraint à des travaux misérables et absorbants, un Goethe français. Leurs noms se ressemblent. Il n’y a pas de pièces dans toutes les littératures du monde où l’art plastique, la nudité souveraine, aient été chantés avec un lyrisme plus pur, plus noble, plus parfait. La pièce dont je parle et que j’admire au delà de toute expression, faisait partie des Émaux et Camées, et fut retirée par l’auteur. Elle porte un titre napolitain Musée secret.
À la fin du XIXe siècle, les sculpteurs et les peintres sont moins prudes. Non qu’ils aient tous du talent ; mais ils peignent ou sculptent souvent des nudités toisonnées. On m’a dit cependant que les jeunes peintres n’étaient plus sensuels et que nous allions avoir une peinture où les belles formes humaines et la représentation des beautés féminines, qui parlent aux sens des gens sains et bien constitués, n’allaient plus pour un temps entrer en ligne de compte pour les artistes qui ne prisent plus que la technique de leur art et les effets soit du coloris, soit de la composition ; mais la beauté, chers enfants, n’est-elle point comme de la plastique, de la lumière, de la lumière ?
Cette allusion au diable de Papefiguière est piquante.
D’autre part, Théophile Gautier a bien raison de parler ici de la brune, car il est des blondes, surtout en Hollande, qui sont moins frisées. Voici la suite qui est une admirable évocation de tableaux célèbres :
Puis, quand il quitte l’Art italien, si lyriquement célébré, Gautier évoque ses souvenirs pour chanter la nature, et ces seize vers sont un des plus beaux et des plus nobles poèmes qui soient.
Image charmante ! Je n’en connais pas de plus délicate.
Cette pièce païenne de Théophile Gautier mérite d’être connue de tous ceux qui aiment les beaux vers. Si j’avais un enfant et que ce fût un garçon, je les lui ferais apprendre plutôt que toutes les fausses tristesses de Musset qui gâtent le goût et ne signifient pas grand’chose.
Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le poème de Théophile Gautier, « Musée secret », L’Œuvre libertine des poètes du XIXe siècle, pièces recueillies par Germain Amplecas, Bibliothèque des curieux, collection « Les maîtres de l’amour », Paris, 1918, pp. 172-176.
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