L’Affaire Constance Martinet (7)
Révélations sur Schrewsbury House
Auteur : Jean de Villiot
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Jean de Villiot, L’Affaire Constance Martinet (Révélations sur Schrewsbury House. — Lettre de Dora Doveton à sa cousine, Mrs Slingsby, en Australie), Les Contes du fouet ou Révélations sur l’école et la chambre à coucher, Éd. C. Carrington, Paris, 1905. (In-18, 343 p.).
Après Helen McGregor, Mabel était ma meilleure amie. Bien que simple fille de chambre, cette aimable créature était si attrayante et d’allure si distinguée, que Martinet, qui, je vous l’ai dit, prisait fort la beauté parmi les personnes de son propre sexe, ne voyait aucun inconvénient à ce qu’elle se joignît à nous pendant les heures de récréation, toutes les fois que ses loisirs le lui permettaient.
Son père, un fermier d’une honnête aisance, aurait bien désiré la garder chez lui, mais elle était d’humeur indépendante et voulait embrasser la profession d’actrice. Pour concilier les choses, on l’avait placée chez une dame de notre voisinage, qui lui apprit le chant et quelques autres arts d’agrément.
Là, elle entendit parler d’une place vacante à Schrewsbury House. Le nom de cet établissement fashionable et la réputation qu’on lui prêtait de choisir seulement des personnes d’une grande beauté la tentèrent, et elle résolut d’y entrer, ne fût-ce même que pour y occuper une situation subalterne.
Sous une apparence plaisante de fausse modestie, Mabel était très débauchée : une véritable sainte nitouche s’il en fût. Son attrait dominant résidait dans sa malice française, chose bien différente, vous le savez, de ce que nous appelons également malice, en anglais. Je ne puis vous donner une meilleure idée de sa personne qu’en vous racontant l’incident qui se passa une dizaine de jours environ après l’arrivée de miss de Vere ; ce récit, au surplus, est nécessaire à la clarté de mon histoire.
Mabel avait été envoyée en course au village, et, ayant dérobé le double du passe-partout, j’étais sortie me promener dans le verger, en vue de me trouver un moment avec elle, à son retour. Ce n’était là qu’une peccadille sans importance, et cependant j’avais comme le pressentiment d’un incident à venir. J’hésitais. N’aurait-il pas mieux valu que je revinsse en arrière ? Je ne sais trop ! Probablement, le résultat final eût été le même.
Mais voici Mabel qui franchit la barrière ; c’est cet instant qu’un artiste voudrait saisir, pour esquisser sa gracieuse personne, se détachant nettement, dans une pose pleine d’assurance, sur le fond azuré du ciel.
La température étant lourde, je l’attendais à l’ombre. Elle vint me rejoindre, et sur ce sofa que nous offrait la nature, nous nous assîmes toutes deux, afin de reprendre haleine et de jouir du coup d’oeil et des bruits d’alentour.
Nous avions à peine commencé notre conversation que nous aperçûmes, dans un taillis voisin, deux petites joues rondes et vermeilles, ainsi qu’une paire d’yeux bleus braqués sur nous.
C’était le petit-fils du jardinier, un jeune garçon à la blonde chevelure, d’une douzaine d’années environ, assez élancé, mais d’une très grande naïveté.
Mabel lui fit signe. Lentement, avec un gros rire, il s’approcha.
« N’ayez pas peur, Jacky, dit-elle, nous ne vous mangerons pas. Savez-vous grimper aux arbres ? Voyez ces pommes rosées au-dessus de ma tête ; nous serions très désireuses d’en avoir quelques-unes. »
Il grimpa à l’arbre, avec l’agilité d’un singe, et atteignit bien vite les fruits, mais ce ne fut pas sans accident et, comme il écartait les jambes, un craquement se fit entendre. Au moment de nous donner les pommes, s’apercevant de la nature et de l’étendue du dommage, il se mit à pleurer.
« C’est ma meilleure, et je la gardais pour le dimanche ! Oh ! Granny va me fouetter !
Ne pleurez pas, enfant, dit Mabel, en même temps qu’elle tirait sa pochette à ouvrage. Venez ici, retirez-la, je vais vous la remettre en état. »
Après un moment d’hésitation, il se décida et lui tendit sa culotte de velours.
Jacky se tenait maintenant entre nous, et ses jambes se trouvaient juste au-dessus de ma tête. Je ne pus résister à la tentation de jeter un regard. Il ne parut pas s’apercevoir de cette liberté et garda ses yeux ronds fixés sur Mabel, qui me demanda, avec clignement d’yeux : « Comment il était. »
« Comme votre sein ! répliquai-je, mais plus petit ! Petit, en vérité ! »
« Ah ! les jolies petites choses qui me rappellent les heures envolées !
« Peu importe ! nous l’agrandirons tout à l’heure.
« Voici, Jacky, dit-elle en tirant son dernier point ; mais avant de la remettre, ne voudriez-vous pas vous étendre sur mes genoux, tandis que je chanterai une chanson pour vous ?
Oh ! oui, miss, s’il vous plaît. »
Mabel appuie ses épaules contre le tertre de gazon, retrousse le devant de sa coquette petite robe et, joignant les pieds, abaisse ses genoux au-dessous du niveau de sa jaquette écarlate.
Elle place au-dessous de la veste de Jacky les pans de sa chemise, le pose sur ses genoux, la face tournée vers le ciel, puis piano et, con amore, elle commence sa chanson !
La voix douce de Mabel prenait à certains moments des intonations de raillerie. Comme ils étaient gentils ainsi tous les deux ! lui, charmé, élevant ses regards vers elle ; elle, se penchant vers lui, jusqu’à ce que ses boucles brunes vinssent caresser sa joue. D’un bras, elle supportait le cou du garçonnet, la main enfouie dans sa poitrine ; de sa main droite restée libre, près de moi, elle battait la mesure, comme sur un instrument.
« Ah ! le brigand, il veut que je recommence ! »
La brigande était décidément née pour la scène. D’un bout à l’autre de ce pot-pourri sans rime ni raison, sa voix était restée nette, et ses doigts n’avaient pas cessé de marquer la mesure. Arrivée à la pause : « Oh ! là ! Qu’est-ce là ? », elle s’arrêta un moment, puis la voix reprit de plus belle, la main recommença à marcher, et à toute vitesse elle gagna la finale. À ce moment, elle fit sauter sur ses genoux le garçonnet qui, plongeant une main hardie dans sa poitrine, colla ses lèvres aux siennes.
À ce moment, Mabel et moi, nous étions toutes deux sur des charbons ardents, et, sans doute, d’autres inconvenances auraient été commises, si nous n’avions été soudain tirées de notre brûlant enthousiasme par un cri du garçonnet. Levant vivement la tête, nous aperçûmes à quelque distance la silhouette de Steinkopf, qui nous espionnait.
Jacky, plus effrayé que nous, avait déjà décampé, sa culotte sur le bras.
Notre ardeur considérablement rafraîchie, nous regagnâmes l’école.
Voir en ligne : L’Affaire Constance Martinet (8) : La Criaillerie
Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après le récit érotique de Jean de Villiot, L’Affaire Constance Martinet (Révélations sur Schrewsbury House. — Lettre de Dora Doveton à sa cousine, Mrs Slingsby, en Australie), Éd. Charles Carrington, Paris, 1905.
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