Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre VII)
Auteur : Mercier de Compiègne
Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre VII : « De l’éloquence des tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.
Il y a eu deux Phryné, outre celle qui est célèbre par la statue d’or massif qu’elle donna au temple de Jupiter, avec cette inscription : De l’intempérance des Grecs ; et les murailles de Thèbes qu’elle avait rebâties. Il ne faut pas confondre cette illustre courtisane grecque avec une autre Phryné que l’on avait surnommée ainsi d’un mot grec, qui signifie crible, parce qu’elle criblait et ruinait ses amants, sans en être plus riche ; comme font presque toutes celles que nous voyons aujourd’hui briller sur les mille et un théâtres de notre luxurieuse capitale.
Une troisième (celle dont je veux parler), fut accusée d’impiété par les Athéniens, et traduite devant l’aréopage, pour subir la peine capitale que méritait ce crime. Les juges, impassibles comme la loi, admiraient sans en être émus, les grâces les plus attrayantes, la toilette la plus voluptueusement raffinée, des yeux qui avaient fait tomber aux pieds de la nymphe les personnages les plus distingués, les philosophes, les sages et les chefs de la République. L’auditoire était nombreux. La pitié, le tendre intérêt se peignait sur tous les visages, et rien ne pouvait soustraire la courtisane au supplice ; la déposition des nombreux témoins ne laissait plus d’espoir, le crime était avéré, les juges allaient, en gémissant tout bas, prononcer la redoutable sentence ; l’avocat de l’accusée avait épuisé toutes les ressources de l’art oratoire, mais toute son éloquence était perdue. Tout à coup une idée lumineuse et hardie, produite par la tentative la plus désespérée, exalte sa tête, et lui fournit un moyen de gagner sa cause. Il découvre brusquement le sein de sa belle cliente, et ce spectacle inattendu a produit dans toute l’assemblée une espèce de délire ; on croit voir Vénus elle-même, qui sous les traits d’une mortelle, a quitté Chypre et Amathonte, pour recueillir l’hommage des Grecs, et demander la grâce de l’accusée. La gravité des juges cède au charme vainqueur de l’étonnement, du plaisir et de l’admiration. La bouche ne trouve pas d’expression pour rendre le sentiment, mais le silence et l’avidité des regards, un cri général d’intérêt et de compassion, tout complète le triomphe de Phryné. Elle était suppliante, éplorée, courbée sous le poids de l’improbation : un sein paraît, la chance tourne, elle commande en souveraine, elle asservit tout ce qui porte les yeux sur elle : « Eh bien, ajoute le défenseur, profitant du succès de son stratagème, si elle est coupable, qui de vous, Athéniens, osera condamner à la mort ce que la nature a formé de plus beau ? Osez regarder celle dont vous voulez verser le sang, et si vous le pouvez, oubliez que vous êtes hommes. » Il dit, et l’Aréopage, quittant son auguste caractère, a repris unanimement les sentiments d’humanité. Phryné est déclarée innocente, et portée chez elle en triomphe.
Cette manière de justifier n’est pas encore abolie, dit à ce sujet le galant Saint-Evremont ; il y a bien de belles femmes, coupables quand on ne les voit pas, qui deviennent innocentes aussitôt, quand on les voit. Souvent même, les juges punissent les femmes pour un certain crime qu’ils voudraient bien avoir commis avec elles.
Ceux de mes lecteurs qui aiment la poésie, liront avec plaisir cette même anecdote, racontée avec plus de grâce par le citoyen Deguerle, déjà cité.
La gorge de Phryné a sans donte servi de modèle au charmant poëte latin, Jérôme Amalthée, dans les vers suivants. L’on ne peut rien ajouter à la délicatesse de cette petite pièce :
La réponse suivante, remplie d’innocence et de naïveté, prouve que les femmes connaissent dès leur plus bas âge, tout le pouvoir de leurs attraits naissants, et que la nature sage et prévoyante a mis en elles un instinct infaillible pour juger de leurs effets. Or, ces effets n’ont lieu que quand leur gorge est à moitié ou tout à fait découverte : nous n’apprendrons jamais aux femmes à tirer parti de leurs charmes.
Anacréon dit que pour être beau, le sein ne doit pas être plus gros que deux œufs de tourterelle ; le citoyen Mercier (de Compiègne) t. III des Soirées d’Automne, p. 100, nous donne un tableau gracieux d’une gorge de cette espèce, dans le conte suivant, intitulé : la Fraise et l’Oeuf :
Voltaire, dans Zadig, nous donne un exemple charmant de l’éloquence des tétons.
La jeune veuve Almona, sauvée du bûcher par Zadig, lui en avait voué beaucoup de reconnaissance. Zadig, accusé de crimes imaginaires par des ministres jaloux de son influence, fut jugé et condamné à son tour à être brûlé à petit feu. Almona résolut de le tirer de là. Elle roula son dessein dans sa tête, sans en parler à personne. Zadig devait être exécuté le lendemain ; elle n’avait que la nuit pour le sauver : voici comme elle s’y pris, en femme charitable et prudente.
Elle se parfuma ; elle releva sa beauté par l’ajustement le plus riche et le plus galant, et alla demander une audience secrète au chef des prêtres des étoiles. Quand elle fut devant ce vieillard vénérable, elle lui parla en ces termes : « Fils aîné de la Grande-Ourse, frère du Taureau, cousin du Grand-Chien (c’étaient les titres de ce pontife), je viens vous confier mes scrupules. J’ai bien peur d’avoir commis un péché énorme, en ne me brûlant pas dans le bûcher de mon cher mari. En effet, qu’avais-je à conserver, une chair périssable, et qui est déjà toute flétrie. » En disant ces paroles, elle tira de ses longues manches de soie, ses bras nus d’une forme admirable et d’une blancheur éblouissante. « Vous voyez, dit-elle, le peu que cela vaut. » Le pontife trouva dans son cœur que cela valait beaucoup. Ses yeux le dirent, et sa bouche le confirma ; il jura qu’il n’avait vu de sa vie de si beaux bras. « Hélas ! lui dit la veuve, les bras peuvent être un peu moins mal que le reste ; mais vous m’avouerez que la gorge n’était pas digne de mes attentions. » Alors elle laissa voir le sein le plus charmant que la nature eût jamais formé. Un bouton de rose sur une pomme d’ivoire n’eût paru auprès que de la garance sur du buis, et les agneaux sortant du lavoir auraient semblé d’un jaune brun. Cette gorge, ces grands yeux noirs qui languissaient en brillant doucement d’un feu tendre, ces joues animées de la plus belle pourpre, mêlée au blanc de lait le plus pur, ce nez, qui n’était pas comme la tour du mont Liban, ces lèvres, qui étaient comme deux bordures de corail renfermant les plus belles perles de la mer d’Arabie, tout cela ensemble fit croire au vieillard qu’il avait vingt ans. Il fit, en bégayant, une déclaration tendre. Almona, le voyant enflammé, lui demanda la grâce de Zadig.
« Hélas ! dit-il, ma belle dame, quand je vous accorderais sa grâce, mon indulgence ne servirait de rien, il faut qu’elle soit signée de trois autres de mes confrères. — Signez toujours, dit Almona. — Volontiers, dit le prêtre, à condition que vos faveurs seront le prix de ma facilité. — Vous me faites trop d’honneur, dit Almona, ayez seulement pour agréable de venir dans ma chambre après que le soleil sera couché, et dès que la brillante étoile Sheat sera sur l’horizon ; vous me trouverez sur un sofa couleur de rose, et vous en userez comme vous pourrez avec votre servante. »
Elle sortit alors, emportant avec elle la signature, et laissa le vieillard plein d’amour et de défiance de ses forces. Il employa le reste du jour à se baigner ; il but une liqueur composée, de la cannelle de Ceylan, et des précieuses épices de Tidor et de Ternate, et attendit avec impatience que l’étoile Sheat vint à paraître.
Cependant, la belle Almona alla trouver le second pontife. Celui-ci l’assura que le soleil, la lune et tous les feux du firmament n’étaient que des feux follets, en comparaison de ses charmes. Elle lui demanda la même grâce, et on lui proposa d’en donner le prix. Elle se laissa vaincre, et donna rendez-vous au second pontife au lever de l’étoile Algenib. De là, elle passa chez le troisième et chez le quatrième prêtre, prenant toujours une signature, et donnant un rendez-vous d’étoile en étoile. Alors elle fit avertir les juges de venir chez elle pour une affaire importante. Ils s’y rendirent : elle leur montra les quatre noms, et leur dit à quel prix les prêtres avaient vendu la grâce de Zadig. Chacun d’eux arriva à l’heure prescrite ; chacun fut bien étonné d’y trouver ses confrères, et plus encore d’y trouver les juges devant qui leur honte fut manifestée. Zadig fut sauvé.
Voir en ligne : Moyens de conserver de beaux tétons (Chapitre VIII)
Texte établi par EROS-THANATOS.COM d’après l’ouvrage de Mercier de Compiègne, Éloge du sein des femmes, Chapitre VII : « De l’éloquence des tétons », Ouvrage curieux dans lequel on examine s’il doit être découvert, s’il est permis de le toucher, quelles sont ses vertus, sa forme, son langage, son éloquence, les pays où il est le plus beau et les moyens les plus sûrs de le conserver, Éd. A. Barraud, Paris, 1873.
[1] Quintilien, Aristote, etc.
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre I)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre II)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre III)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre IV)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre V)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre VI)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre VII)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre VIII)
par Mercier de Compiègne
Éloge du sein des femmes
Ouvrage curieux (Chapitre IX, suite)
par Mercier de Compiègne