Auteur : Le Marquis d’Argens
Mots-clés : Libertinage
Jean-Baptiste de Boyer Marquis d’Argens, Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l’histoire du père Dirrag et de mademoiselle Éradice, Paris, 1748.
Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (11)
par Le Marquis d’Argens« Écoutez-moi. N’est-il pas vrai que toutes les fois que je vous fais un présent votre amour-propre paraît blessé de le recevoir d’un homme que vous ne rendez pas aussi content qu’il pourrait l’être ? Eh bien ! la bibliothèque et les tableaux, que vous aimez tant, ne vous feront pas rougir puisqu’ils ne seront à vous que parce que vous les aurez gagnés.
Mon cher comte, repris-je, vous me tendez des pièges, mais vous en serez la dupe, je vous en avertis. J’accepte la gageure ! m’écriai-je, et je m’oblige, qui plus est, à ne m’occuper toutes les matinées qu’à lire vos livres et à voir vos tableaux enchanteurs.
Tout fut porté par vos ordres dans ma chambre. Je dévorai des yeux ou, pour mieux dire, je parcourus tour à tour pendant les quatre premiers jours l’histoire du Portier des Chartreux, celle de La Tourière des Carmélites, L’Académie des Dames, Les Lauriers ecclésiastiques, Thémidore, Frétillon, etc., et nombre d’autres de cette espèce, que je ne quittai que pour examiner avec avidité des tableaux où les postures les plus lascives étaient rendues avec un coloris et une expression qui portaient un feu brûlant dans mes veines.
Le cinquième jour, après une heure de lecture, je tombai dans une espèce d’extase. Couchée sur mon lit, les rideaux ouverts de toutes parts, deux tableaux – les Fêtes de Priape, les Amours de Mars et de Vénus – me servaient de perspective. L’imagination échauffée par les attitudes qui y étaient représentées, je me débarrassai des draps et des couvertures et, sans réfléchir si la porte de ma chambre était bien fermée, je me mis en devoir d’imiter toutes les postures que je voyais. » (J.-B. de Boyer d’Argens, Thérèse philosophe).
Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (10)
par Le Marquis d’Argens« Il faut que je te conte un tour assez plaisant que j’ai joué une fois en ma vie à l’un de ces exécrables ennemis de notre sexe.
J’étais avertie qu’il devait venir me voir, et quoique je sois naturellement une terriblement péteuse, j’eus encore la précaution de me farcir l’estomac d’une forte quantité de navets, afin d’être mieux en état de le recevoir suivant mon projet. C’était un animal que je ne souffrais que par complaisance pour ma mère. Chaque fois qu’il venait au logis, il s’occupait pendant deux heures à examiner mes fesses, à les ouvrir, à les refermer, à porter le doigt au trou où il eût volontiers tenté de meure autre chose si je ne m’étais pas expliquée nettement sur l’article. En un mot, je le détestais. Il arrive à neuf heures du soir. Il me fait coucher à plat ventre sur le bord d’un lit, puis, après avoir exactement levé mes jupes et ma chemise, il va, selon sa louable coutume, s’armer d’une bougie dans le dessein de venir examiner l’objet de son culte. C’est où je l’attendais. Il met un genou en terre et, approchant la lumière et son nez, je lui lâche à brûle-pourpoint un vent moelleux que je retenais avec peine depuis deux heures. Le prisonnier, en s’échappant, fit un bruit enragé et éteignit la bougie. Le curieux se jette en arrière en faisant, sans doute, une grimace de tous les diables. La bougie, tombée de ses mains, est rallumée. Je profite du désordre et me sauve en éclatant de rire dans une chambre voisine où je m’enferme, et de laquelle ni prières ni menaces ne purent me tirer, jusqu’à ce que mon homme au camouflet eût vidé la maison. » (J.-B. de Boyer d’Argens, Thérèse philosophe).
Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (9)
par Le Marquis d’Argens« Je ne finirais pas si je te faisais le tableau de tous les goûts bizarres, des singularités que j’ai connus chez les hommes, indépendamment des diverses postures qu’ils exigent des femmes dans le coït.
Un jour, je fus introduite par une petite porte de derrière chez un homme de nom et fort riche à qui, depuis cinquante ans, tous les matins une fille nouvelle pour lui rendait pareille visite. Il m’ouvrit lui-même la porte de son appartement. Prévenue de l’étiquette qui s’observait chez ce paillard d’habitude, dès que je fus entrée je quittai robe et chemise. Ainsi nue, j’allai lui présenter mes fesses à baiser dans un fauteuil où il était gravement assis.
Cours donc vite, ma fille, me dit-il en tenant d’une main son paquet, qu’il secouait de toute sa force, et, de l’autre, une poignée de verges dont mes fesses étaient simplement menacées.
Je me mets à courir, il me suit : nous faisons cinq à six tours de chambre, lui, criant comme un diable :
Cours donc, coquine ! cours donc ! Enfin, il tombe pâmé dans son fauteuil. Je me rhabille, il me donne deux louis et je sors.
Un autre me plaçait assise sur le bord d’une chaise, découverte jusqu’à la ceinture. Dans cette posture, il fallait que, par complaisance, quelquefois aussi par goût, je me servisse du frottement de la tête d’un godemiché pour me provoquer au plaisir. Lui, posté dans la même attitude vis-à-vis de moi à l’autre extrémité de la chambre, travaillait de la main à la besogne, ayant les yeux fixés sur mes mouvements, et singulièrement attentif à ne terminer son opération que lorsqu’il apercevait que ma langueur annonçait le comble de la volupté. » (J.-B. de Boyer d’Argens, Thérèse philosophe).
Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (8)
par Le Marquis d’Argens« Un jour, après avoir fait entre nous trois un ample dîner libertin pendant lequel on avait chanté, on m’avait plaisantée sur la difformité de mon…, on avait dit et fait toutes les folies imaginables. Nous nous culbutâmes sur un grand lit. Là, nos appas sont étalés, les miens sont trouvés admirables pour la perspective. L’amant se met en train, il campe Minette sur le bord du lit, la trousse, l’enfile et la prie de chanter. La docile Minette, après un petit prélude, entonne un air de mouvement à trois temps coupés. L’amant part, pousse et repousse toujours en mesure, ses lèvres semblent battre les cadences, tandis que ses coups de fesses marquent les temps. Je regarde, j’écoute en riant aux larmes, couchée sur le même lit. Tout allait bien jusque-là, lorsque la voluptueuse Minette, venant à prendre plaisir au cas, chante faux, détonne, perd la mesure. Un bémol est substitué à un bécarre.
Ah ! chienne ! s’écrie sur-le-champ notre zélateur de la bonne musique, tu as déchiré mon oreille, ce faux ton a pénétré jusqu’à la cheville ouvrière, elle se détraque. Tiens, dit-il en se retirant, regarde l’effet de ton maudit bémol.
Hélas ! le pauvre diable était devenu mol, le meuble qui battait la mesure n’était plus qu’un chiffon. » (J.-B. de Boyer d’Argens, Thérèse philosophe).
Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (7)
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Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (6)
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Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (5)
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Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (4)
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Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (3)
par Le Marquis d’Argens
Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (2)
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Thérèse philosophe
Histoire du Père Dirrag et de Mlle Éradice (1)
par Le Marquis d’Argens