Auteur : W. Schröder-Devrient
Mots-clés : Libertinage
Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande, in L’Œuvre des Conteurs Allemands, traduit pour la première fois en français avec des fragments inédits et une introduction par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des Curieux (coll. « Les Maîtres de l’Amour »), Paris, 1913.
L’éditeur de ces Mémoires n’a guère à dire, en manière de préface, que cet ouvrage n’est pas un produit de la fantaisie, n’est pas une invention, mais qu’il est véritablement sorti de la plume d’une des cantatrices naguère le plus souvent applaudies sur la scène, d’une cantatrice de laquelle beaucoup de nos contemporains ont souvent admiré avec étonnement l’admirable voix, qu’ils ont couverte d’applaudissements enthousiastes dans ses différents rôles, et dont ils se souviendraient certainement si la discrétion ne nous interdisait de citer son nom. Pour le lecteur attentif, l’assurance que nous donnons de l’authenticité des Mémoires n’est guère nécessaire. L’ouvrage trahit suffisamment une plume féminine pour qu’il ne soit pas possible de s’y tromper. Seule une femme pouvait raconter la carrière d’une femme avec autant de vérité psychologique. Seule une femme peut, comme c’est le cas ici, nous décrire toutes les phases, tous les changements d’un cœur féminin et pas à pas, depuis le premier éveil de ses sens juvéniles, nous introduire dans le secret des erreurs qui auraient indubitablement détruit le bonheur de sa vie si un événement extrêmement heureux ne lui avait pas épargné les dernières conséquences de ces fautes.
Si ces Mémoires n’étaient que le produit de la fantaisie, on pourrait faire à l’éditeur le reproche d’avoir écrit un livre immoral et de s’être délecté à ces objets que les mœurs de tous les peuples de tous les temps ont toujours recouverts d’un voile. Mais s’ils sont, au contraire, authentiques, ils constituent un document du plus haut intérêt psychologique et, pour cela même, le reproche d’immoralité tombe. Rien d’humain ne doit nous être étranger. Voulons-nous bien comprendre le monde et nous-mêmes, nous devons aussi suivre l’homme sur le sentier de ses erreurs, non pas pour imiter ces errements, mais, au contraire, pour nous en garer.
Dans ce sens, ces confessions d’une femme intelligente qui dépeint, au moyen de couleurs si vives et si vraies, les terribles suites des excès ne sont pas immorales, mais sont, au contraire, très morales.
Quant au reproche que ce livre pourrait tomber entre les mains d’une jeune lectrice qui devrait plutôt ne rien savoir de ces choses, nous répondons que la science n’est pas un mal, mais bien l’ignorance, et qu’une femme avertie des suites de la sensualité se laisse beaucoup plus difficilement séduire qu’une novice, plus facile à tromper.
L’Éditeur est convaincu que, par la publication de ces lettres, il ne manque pas à la morale et ne corrompt pas les mœurs, malgré l’opinion contraire de quelques pédants trop mesquins.
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 8)
par W. Schröder-Devrient« Une actrice célèbre satisfait en outre la vanité des hommes, heureux d’être un peu illuminés par son auréole. Il n’est donc pas étonnant qu’une artiste célèbre soit entourée des représentants de la plus vieille aristocratie et des matadors de la bourse ; même le dernier des poètes lui apporte humblement les premiers essais de sa muse, les adorateurs de toutes les classes la poursuivent : ils attendent tous un regard, ont tous soif de ses faveurs. Mais, parmi tous ces hommes, comment devais-je trouver celui dont j’avais besoin, celui qui était prêt à contenter tous mes désirs, sans s’arroger aucune autorité ? Il devait être mon esclave, il devait être prêt à voir ma liaison se dénouer à chaque instant, et je devais pouvoir compter sur sa discrétion. Seul le hasard pouvait m’aider à faire cette découverte, et le hasard ne me fut point favorable.
J’avais un engagement d’un an au théâtre de la Porte Kaertner. Il touchait à sa fin ; au moment de le renouveler, on me fit des propositions avantageuses à Budapest et à Francfort. J’aime Vienne, la belle ville impériale. J’aurais préféré y rester, même avec des gages moins brillants. La fortune de mon père avait périclité. Depuis un an je n’avais plus besoin de son aide, mais ma reconnaissance m’obligeait à l’aider dans la mesure du possible. C’est pourquoi je m’engageai à Francfort, où les offres pécuniaires étaient les plus avantageuses. Je quittai Vienne pour un an.
Je pris congé de Roudolphine dans une très courte visite. Le temps et sa jalousie avaient absolument éteint notre amitié, jadis si charmante. » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 7)
par W. Schröder-Devrient« J’en ai souvent parlé avec des femmes, et j’ai entendu les choses les plus contradictoires. Certaines femmes affirment n’avoir jamais souffert ; d’autres, par contre, avouent que longtemps l’approche de l’homme leur fut très douloureuse. Ce sont là mystères de la nature et de la conformation corporelle. Au reste, rien n’est plus facile que de tromper un homme, surtout si ce dernier est quelque peu crédule et confiant. Les subterfuges qui laissent croire à la virginité sont nombreux et précis ; toute femme un peu expérimentée le sait, et l’étude des mœurs de tous les pays, de l’Orient à l’Occident, nous donne à cet égard des renseignements suggestifs. Assez philosophé !
D’ailleurs il est temps que je me réveille de mon évanouissement ! J’avais fait à ma volonté ; il s’agissait maintenant de jouir sans sortir de mon rôle de fille séduite. Le principal était fait ! Le prince et Roudolphine prenaient un plaisir particulier à me consoler, car ils étaient convaincus d’initier une novice ! Les rideaux furent tirés et un jeu indescriptible et charmant commença. Le prince fut assez honnête pour ne pas parler d’amour, de langueur et de nostalgie. Il n’était que sensuel, mais avec délicatesse ; car il savait que la délicatesse pimente les jeux d’amour. Je faisais toujours semblant d’avoir été violée, mais je n’apprenais que plus vite tout ce que l’on m’enseignait. Et le professeur était savant, bien doué, tumultueux dans ses désirs comme dans ses gestes. La théorie et la pratique avaient chacune leur tour : la première était un piment de tout premier ordre pour préparer les satisfactions encore un peu douloureuses de la seconde. Vous comprenez que je ne puisse pas oublier cette nuit incomparable ! Le prince nous quitta bien avant le jour, et nous nous endormîmes, étroitement enlacées, jusqu’à midi passé. » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 6)
par W. Schröder-Devrient« La lecture des livres voluptueux et infâmes est très dangereuse pour les jeunes filles ! J’ai eu plus tard toute une collection de ces livres et connais par expérience l’impression qu’ils font. Les Mémoires de M. de H... ; les Galanteries des abbés ; la Conjuration de Berlin ; les Petites histoires, de Alihing ; les Romans priapiques en allemand ; le Portier des Chartreux ; Faublas ; Félicia ou Mes Fredaines, etc., en français, sont de véritables poisons pour les femmes non mariées. Tous ces livres racontent la chose d’une manière attrayante, excitante, mais aucun ne parle des suites, aucun ne met une jeune fille en garde contre l’abandon trop complet à l’homme ; aucun ne décrit les remords, la honte, la perte de l’honneur et les douleurs physiques qui peuvent arriver. C’est pourquoi le mariage est une institution excellente que chaque homme raisonnable doit défendre. Sans le mariage, les désirs sensuels feraient des hommes des bêtes sauvages. Ceci est ma conviction, bien que je ne me sois pas mariée. Une actrice n’ose pas avoir des liens. Elle ne peut être à la fois ménagère, mère de famille et l’idole du public. Je sens que je serais une épouse consciencieuse et une très tendre mère — naturellement si mon mari me rendait heureuse ainsi que je le mérite. C’est parce que je connais l’importance extraordinaire de la vie sexuelle dans toutes les conditions humaines, — c’est parce que je sais par expérience et par observation que ce point tenu secret par les hommes les plus honorables et les plus tendres est le centre de la vie en société, — c’est parce que je sais tout cela que je serais une compagne exemplaire. J’agirais comme ma mère a agi, je m’efforcerais d’être toujours nouvelle pour mon mari, je me prêterais à toutes ses fantaisies et pourtant je lui cacherais toujours quelque chose, je serais tout en semblant n’être rien, ce qui est, je crois, la clef de toute la vie humaine. » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 5)
par W. Schröder-Devrient« Je lisais le livre en prenant mon bain. Il avait sur moi les mêmes effets que sur Marguerite. Mais qui donc pouvait lire ces ardentes descriptions sans prendre feu et se pâmer ! Une fois essuyée et couchée dans mon peignoir commençait alors pour moi mon paradis pourtant si restreint. Je me voyais en entier dans le grand miroir. Mon plaisir taciturne commençait par l’admiration de chaque partie de mon corps. Je caressais et pressais mes jeunes seins arrondis, je jouais avec leurs bourgeons, puis je promenais mes doigts caressants sur ma chair satinée. Ma sensualité avait fait de rapides progrès. J’éprouvais le plus grand plaisir à cette volupté presque chaste qui me faisait frissonner, j’avais surtout une grande abondance du baume doux et enivrant. Les hommes auxquels je me suis abandonnée dans la suite ont tous été ravis de cette précieuse qualité, ils ne pouvaient assez témoigner leurs délices quand ils s’en apercevaient. Je croyais alors que ceci était commun à toutes les femmes, mais en réalité c’est un don des plus rares. À Paris, un de mes plus ardents adorateurs éprouva la plus douce des surprises quand il s’en aperçut. Dans la suite, lorsque je lui accordais mes faveurs, il n’avait jamais assez d’éloges, de flatteries, d’expressions admiratives à m’adresser pour ce don que m’avait fait la nature et dont je n’étais en rien responsable, mais dont il m’était extrêmement reconnaissant. J’ai dû à cette sensibilité des moments exquis : c’était comme si des décharges électriques traversaient mon corps. Mais peut-on dire ces divins divertissements ?... Le sang fouette les veines, chaque nerf s’émeut, le souffle s’arrête, tandis que les idées se pressent, s’enserrent au point de ne plus se sentir exister ! Le souvenir de ces heures ardentes passées devant un miroir au fond de ma solitude à Vienne me ravit encore à un tel point qu’en vous écrivant je crois revivre tous ces souvenirs dont je ressens encore la plus vivante impression. Vous verrez à mon écriture trébuchante combien ces sentiments m’émeuvent. Mon corps entier tremble de plaisir et de nostalgie. Je jette ma plume ! et... » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 4)
par W. Schröder-Devrient
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 3)
par W. Schröder-Devrient
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 2)
par W. Schröder-Devrient
Mémoires d’une Chanteuse Allemande
Roman érotique (Partie I - Chapitre 1)
par W. Schröder-Devrient