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Mémoires d’une Chanteuse

Dernier ajout – samedi 24 janvier 2009.

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Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande, in L’Œuvre des Conteurs Allemands, traduit pour la première fois en français avec des fragments inédits et une introduction par Guillaume Apollinaire, Bibliothèque des Curieux (coll. « Les Maîtres de l’Amour »), Paris, 1913.

PRÉFACE DE L’ÉDITEUR ALLEMAND

L’éditeur de ces Mémoires n’a guère à dire, en manière de préface, que cet ouvrage n’est pas un produit de la fantaisie, n’est pas une invention, mais qu’il est véritablement sorti de la plume d’une des cantatrices naguère le plus souvent applaudies sur la scène, d’une cantatrice de laquelle beaucoup de nos contemporains ont souvent admiré avec étonnement l’admirable voix, qu’ils ont couverte d’applaudissements enthousiastes dans ses différents rôles, et dont ils se souviendraient certainement si la discrétion ne nous interdisait de citer son nom. Pour le lecteur attentif, l’assurance que nous donnons de l’authenticité des Mémoires n’est guère nécessaire. L’ouvrage trahit suffisamment une plume féminine pour qu’il ne soit pas possible de s’y tromper. Seule une femme pouvait raconter la carrière d’une femme avec autant de vérité psychologique. Seule une femme peut, comme c’est le cas ici, nous décrire toutes les phases, tous les changements d’un cœur féminin et pas à pas, depuis le premier éveil de ses sens juvéniles, nous introduire dans le secret des erreurs qui auraient indubitablement détruit le bonheur de sa vie si un événement extrêmement heureux ne lui avait pas épargné les dernières conséquences de ces fautes.

Si ces Mémoires n’étaient que le produit de la fantaisie, on pourrait faire à l’éditeur le reproche d’avoir écrit un livre immoral et de s’être délecté à ces objets que les mœurs de tous les peuples de tous les temps ont toujours recouverts d’un voile. Mais s’ils sont, au contraire, authentiques, ils constituent un document du plus haut intérêt psychologique et, pour cela même, le reproche d’immoralité tombe. Rien d’humain ne doit nous être étranger. Voulons-nous bien comprendre le monde et nous-mêmes, nous devons aussi suivre l’homme sur le sentier de ses erreurs, non pas pour imiter ces errements, mais, au contraire, pour nous en garer.

Dans ce sens, ces confessions d’une femme intelligente qui dépeint, au moyen de couleurs si vives et si vraies, les terribles suites des excès ne sont pas immorales, mais sont, au contraire, très morales.

Quant au reproche que ce livre pourrait tomber entre les mains d’une jeune lectrice qui devrait plutôt ne rien savoir de ces choses, nous répondons que la science n’est pas un mal, mais bien l’ignorance, et qu’une femme avertie des suites de la sensualité se laisse beaucoup plus difficilement séduire qu’une novice, plus facile à tromper.

L’Éditeur est convaincu que, par la publication de ces lettres, il ne manque pas à la morale et ne corrompt pas les mœurs, malgré l’opinion contraire de quelques pédants trop mesquins.

L’Éditeur.


  • Mémoires d’une Chanteuse Allemande

    À Londres

    Roman érotique (Partie II - Chapitre 8)

    par W. Schröder-Devrient

    « Aucune de nous ne s’amusa autant que notre hôtesse. Le cinquième jour nous rentrâmes toutes à Londres, où mes devoirs m’appelaient.
    J’aurais pu gagner d’immenses sommes à Londres si j’avais voulu faire la conquête des hommes. Lord W..., un fanatique de musique, qui dépensait des sommes folles avec toutes les actrices, me fit faire les offres les plus séduisantes, par l’entremise de ses connaissances masculines et féminines. Je les refusai, comme toutes celles qui me furent faites en Angleterre, et malgré ma liaison avec Mrs. Meredith, j’avais le renom d’être inabordable. Une dame qui m’invita au mariage de sa fille complimenta ma vertu autant que mon chant. Elle me parla aussi de Mrs. Meredith.
    "Cette bonne dame, disait-elle, a un renom assez équivoque. Vous l’ignorez sans doute. Je crois que vous avez connu son cousin, si Ethelred Merwyn. On m’a même raconté qu’il a été votre amant. Il vous a recommandé sa cousine ? Il ne savait pas qu’elle était débauchée. D’ailleurs, cela ne doit pas vous toucher, vous n’avez pas besoin d’en prendre note."
    Que l’opinion du monde est fausse ! Sir Ethelred un stoïcien ! Moi seule j’aurais pu le dire, car aucune femme ne le connaissait comme moi !
    J’avais pris un garçon hindou à mon service ; il était d’une grande beauté ; il avait à peine quatorze ans. Je le pris parce qu’il me plaisait beaucoup. Il était mon esclave ; son dévouement était sincère. Je le voyais souvent les yeux clos, perdu dans ses pensées et dans ses rêves.
    Je n’ai plus rien à vous dire. Vous connaissez déjà tout ce qui m’arriva plus tard. Je vous l’ai raconté oralement, quand nous avons fait connaissance. Cette lettre est donc la dernière. » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).


  • Mémoires d’une Chanteuse Allemande

    À Paris

    Roman érotique (Partie II - Chapitre 7)

    par W. Schröder-Devrient

    « J’appris par hasard à connaître une demi-mondaine. C’était la maîtresse du prince russe D..., une femme d’une rare beauté et très bien conservée pour son âge. Elle avait au moins trente-trois ans ; je lui en aurais à peine donné vingt-cinq. Son amant dépensait des sommes folles pour elle. Il me fit un brin de cour, je n’aurais eu qu’un mot à dire pour le capter. Je lui dis rondement qu’il devait laisser toute espérance. Grâce à la largesse de mon ami défunt, je possédais une respectable fortune. Le Russe me déplaisait, il était très laid, avait passé la cinquantaine, il portait une perruque et se teignait la moustache. J’ai toujours méprisé les hommes qui tâchent de cacher leur âge. Sir Ethelred avait les cheveux gris, mais il aurait eu honte de porter une perruque.
    À Paris, j’eus encore meilleure opinion des Hongroises. J’en rencontrai quatre, Mathilde de M..., une fille naturelle du prince O..., vendue par sa mère à un riche cavalier. Elle s’émancipa et se maria avec un riche banquier parisien. Sarolta de B..., ma collègue du Théâtre Lyrique, qui devint mon amie intime. Nous nous décidâmes à aller ensemble à Londres et à nous engager au théâtre du Covent-Garden. Sarolta n’était pas ma rivale, elle ne jouait que dans les opéras lyriques. Elle était charmante et encore très naïve. Elle jouait avec les hommes sans rien leur accorder. Elle craignait aussi de devenir mère. La troisième était une certaine Mme de B..., la femme d’un colonel hongrois. Il vivait avec elle en bigamie, car il n’était pas divorcé de sa première femme. Quand il apprit l’arrivée de cette dernière, il s’enfuit à Constantinople et embrassa l’islamisme. La quatrième s’appelait Jenny K..., et elle était la fille d’un avocat de Budapest. Elle et ses trois sœurs vivaient du marchandage de leurs charmes. Elles avaient commencé le métier à bas prix. Un comte s’amouracha de Jenny et la mit ainsi à la mode. Jenny eut beaucoup de chance et vint avec ses sœurs à Paris. Elles comptaient parmi les dames les plus élégantes de la bohème dorée. Un cavalier italien, le marquis M..., épousa plus tard Jenny, sans la garder longtemps, car il mourut après deux ans. Jenny lança alors son filet sur un prince souverain, qui la mena à l’autel. » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).


  • Mémoires d’une Chanteuse Allemande

    À Florence

    Roman érotique (Partie II - Chapitre 6)

    par W. Schröder-Devrient

    « Le temps passait très vite en compagnie d’un aussi galant homme. Nous étions très tempérants quant à l’amour. Il était toujours prêt à de nouveaux jeux, mais je craignais pour sa santé. Je l’aimais trop pour ne pas vouloir lui épargner une humiliation.
    Nous allâmes à Rome et sir Ethelred tint parole le troisième jour. Il dut payer une immense somme pour pouvoir contenter ma curiosité.
    La veille au soir, il y avait eu deux exécutions au garrot. Un brigand des Abruzzes et sa femme, une ravissante personne, furent étranglés place Nacona. Sir Ethelred avait loué une fenêtre proche de la potence. À travers ma lorgnette, je pouvais suivre tous les mouvements musculaires du visage de ces deux malheureux ; je souffrais cruellement. Je ne pouvais oublier ces deux visages d’épouvante. Sir Ethelred lisait dans mes pensées, il me dit :
    - Vous les reverrez encore.
    Je restai quinze jours à Rome. La fin de mon séjour fut troublée par la mort subite de mon ami. Il mourut de la malaria, cette terrible épidémie qui a déjà fait tant de victimes. Je ne l’abandonnai point jusqu’à son dernier souffle ; je lui fermai les yeux. Dans son testament, il me léguait toute sa fortune, ses pierreries et ses antiques qu’il avait collectionnés dans ses voyages.
    Cette mort inattendue me dégoûta de l’Italie et je fus heureuse de signer un engagement avec un imprésario qui m’emmenait à Paris, à l’Opéra-Italien. » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).


  • Mémoires d’une Chanteuse Allemande

    Ferry

    Roman érotique (Partie II - Chapitre 5)

    par W. Schröder-Devrient

    « Nous nous arrêtâmes dans une clairière. Une source assez profonde et large la traversait. L’hercule se mit à l’aise aussitôt ; le jeune homme rougissait, hésitait ; quand Ferry le lui eut commandé péremptoirement, il suivit l’exemple de son camarade. Ferry, me dit que je devais donner libre cours à mes sensations ; que plus je serais passionnée, plus je lui ferais plaisir. Je connaissais ses pensées comme si je les avais lues. Je voulais lui faire plaisir et je résolus d’être très dissolue. J’appelai les deux hommes. Je les tirais vers moi... Lorsque tout fut fini et tous furent calmés, ils me portèrent dans la hutte, où Ferry me coucha dans un lit.
    Puis-je vous raconter comment s’écoulèrent les trois jours que je passai dans cette forêt ? Ferry avait congé. Je changeais tous les jours d’amants. Il y avait neuf brigands. Le troisième jour, nous célébrâmes une grande orgie, avec des paysannes, des femmes et des filles qui étaient venues. Agrippine aurait envié nos saturnales. Ces paysannes étaient aussi raffinées, adroites et voluptueuses que les dames de l’aristocratie de Budapest.
    J’eus le temps de me reposer durant ma tournée. Rose m’accompagnait seule. Ferry me quitta après de tendres adieux. Il était temps de reprendre des forces, ces débauches m’auraient tuée.
    Je n’ai rien à vous dire des deux années que je passai encore à Budapest, ni de mon engagement d’un an à Prague. J’appris à estimer ce proverbe français : "Ni jamais, ni toujours, c’est la devise des amours". » (Wilhelmine Schrœder-Devrient, Mémoires d’une Chanteuse Allemande).


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