Andrea de Nerciat, Le Doctorat impromptu, L’Œuvre du Chevalier Andrea de Nerciat, (introduction, Essai bibliographique, Analyses et notes par Guillaume Apollinaire), Paris, Bibliothèque des curieux, collection « Les Maîtres de l’Amour », Paris, 1927, pp. 59-103.
Le Doctorat impromptu
Roman érotique épistolaire (1788)
par Andrea de Nerciat« Tandis que ma tête roulait peut-être encore quelque sot projet de résistance, ah ! sans doute, tout le reste de mon individu était d’intelligence avec l’ennemi pour que je fusse complètement subjuguée ; car lorsque après un moment (de ceux qu’aucune plume ne peut décrire, de ceux que peu d’heureux peut-être peuvent obtenir et qu’il faut avoir connus pour pouvoir s’en faire une juste idée)… lors, dis-je, que je revins à moi, je reconnus que, de tous mes membres, j’avais saisi, étreint, enchaîné le bel enfant, comme si j’avais essayé de le faire passer tout entier au-dedans de moi… Nous nous renvoyions réciproquement nos âmes du fond de nos poitrines, avec nos brûlantes haleines… O sexe trop fait pour nous, trop nécessaire à notre bonheur, comme Solange te vengeait par la conversion d’Erosie et la défaite de ta plus intrépide antagoniste ! » (Andrea de Nerciat, Le Doctorat impromptu).
Le Doctorat impromptu
Roman érotique épistolaire (1788)
par Andrea de Nerciat« Bref, tu vois que je payais cher ma curiosité, chère Juliette. Jusqu’au bout je subis tout ce qu’il plut au garnement de me faire. Ah ! mon âme, crois-moi, n’y prit aucune part. Oui, toute ma tendresse demeurait bien véritablement à l’aimable Solange. Le mécanisme avait seul favorisé le détestable usurpateur.
Mais avoue donc que mon inimaginable aventure a bien de quoi mettre en défaut tout système sur la cause et les effets de l’amour et de la volupté ! Qui m’eût dit, lorsque je reçus ton dernier baiser, il y a si peu de temps, que presque aussitôt je serais radicalement guérie de mon antipathie contre le sexe masculin, et, bien pis, que, sans s’amuser à prendre graduellement mes licences, par un fatal concours d’incidents je me trouverais impromptu coiffée du bonnet de docteur.
Bast ! il faut se consoler de tout ici-bas. Oui, je veux rire de mon aventure au lieu de m’en affliger ; et si ma bégueule de raison veut m’ennuyer de ses tristes reproches, que me répondra-t-elle quand je lui répliquerai : Sottise, à la bonne heure, mais j’ai bien eu du plaisir » (Andrea de Nerciat, Le Doctorat impromptu).