Auteur : Leopold von Sacher-Masoch
Mots-clés : Flagellation | Masochisme
Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la Fourrure, roman sur la flagellation, traduit par Raphaël Ledos de Beaufort, Éd. C. Carrington, Paris, 1902.
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch« La vie ne vaut que par la jouissance ; qui jouit quitte la vie avec peine ; qui souffre et manque de tout, salue la mort comme une amie. Mais qui veut jouir doit prendre la vie purement au sens antique : il ne doit pas s’effaroucher de se plonger dans la débauche, fût-ce aux dépens d’autrui ; il doit toujours être impitoyable ; il doit atteler autrui à son char ou à sa charrue, comme une bête de somme. Aux hommes qui, comme celui-ci — elle me désigna — éprouvent de la volupté, de la jouissance à se faire les esclaves de leur semblable, qui, loin de regretter leur servitude, en sont heureux et partagent les joies qu’ils causent, ne demandez pas d’aller librement à la mort. Quant au maître, il doit toujours se dire : "S’ils m’avaient en main, comme je les ai, ils agiraient de même envers moi et je devrais payer leurs jouissances de ma sueur, de mon sang, voire de mon âme !" Tel était le monde antique : jouissance et cruauté, liberté et esclavage, ont, de tout temps, marché de conserve ; les hommes qui veulent vivre comme les dieux de l’Olympe, doivent avoir des esclaves qu’ils jettent dans les viviers, des gladiateurs qu’ils font combattre à leurs somptueux festins et qui ne font rien d’autre que de se tirer un peu de sang ! » (Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure).
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch« Comme beaucoup d’Å“uvres de l’école vénitienne, ce tableau sera à la fois un portrait et un sujet historique, explique le peintre, devenu de nouveau pâle comme la mort.
Et sous quel nom alors voulez-vous le désigner ? demanda-t-elle ; mais qu’avez-vous ? seriez-vous malade ?
J’en ai peur, répondit-il, en dévorant des yeux la belle femme en fourrure, mais parlons du tableau.
Oui, parlons un peu du tableau !
Je me figure, dit le peintre, la déesse qui est descendue de l’Olympe vers un mortel, et qui, gelant sur cette terre moderne, cherche à réchauffer son corps auguste sous une grande et lourde fourrure et ses pieds dans le giron de son bien-aimé ; je me figure le protégé d’une belle despote qui fouette son esclave lorsqu’elle et fatiguée de l’embrasser et qui en sera d’autant plus follement épris qu’elle le foulera davantage aux pieds, c’est pourquoi j’appellerai ce tableau Vénus à la fourrure » (Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure).
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch« “En haut, sur ma table de nuit, se trouve un volume vert, dit Wanda, tandis qu’elle s’étendait sur le lit de repos, apporte-le-moi, ainsi que le fouet.†?
Je montai quatre à quatre et redescendis de même, puis, m’agenouillant, déposai les deux objets dans les mains de la maîtresse, qui ensuite me fit réunir sa luxuriante chevelure électrique en un gros noeud et la nouer d’un ruban de velours vert. Ceci fait, je préparai le bain et me montrai fort maladroit à cet égard, les mains et les pieds me refusaient tout service, et chaque fois que je contemplais la belle femme étendue sur les coussins de velours rouge, et, de temps à autre, une partie ou l’autre de son superbe corps dont le vif éclat contratait avec la sombre fourrure — car ma contemplation était involontaire, j’étais poussé par une force magnétique — j’éprouvais combien toute volupté, toute concupiscence réside seulement dans le déshabillé, dans le nu excitant, et j’éprouvais encore plus vivement cette sensation quand enfin le bassin fut rempli et que Wanda, d’un seul geste, rejeta le manteau de fourrure, et se tint devant moi comme la déesse de la Tribuna.
À ce moment, dans sa beauté dévoilée, elle m’apparut si divine, si chaste, que, comme jadis devant la déesse, je tombai à genoux devant elle et, comme en adoration, pressai mes lèvres sur son pied. » (Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure).
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch« Attends un peu, je vais te faire hurler comme un chien sous le fouet », fit-elle menaçante, tout en recommençant à me frapper.
Les coups pleuvaient drus et rapides, avec une violence effroyable sur mes reins, mes bras, mon cou ; je grinçai des dents pour ne pas crier. Maintenant, elle me frappa à la figure si bien que le sang coula, mais elle se mit à rire et continua à appliquer le fouet.
Maintenant, je te comprends sérieusement, s’écria-t-elle dans l’intervalle, c’est vraiment une jouissance que d’avoir un homme qui vous aime… M’aimes-tu encore ? — Non. — Oh ! Je te déchire encore, à chaque coup le plaisir que j’éprouve augmente ; allons, tords-toi encore un peu, crie, hurle ! Tu ne rencontreras chez moi aucune pitié.
Bientôt elle parut fatiguée.
Elle jeta le fouet de côté, s’étendit sur le sofa et sonna.
Les négresses entrèrent.
Déliez-le.
Comme elles m’enlevaient la corde, je tombai à terre comme une masse inerte. Les trois femmes noires rirent et montrèrent leurs blanches dents. » (Leopold von Sacher-Masoch, La Vénus à la fourrure).
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch
La Vénus à la Fourrure
Roman érotique sur la flagellation (1870)
par Leopold von Sacher-Masoch