« Confession sexuelle d’un Russe du Sud, né vers 1870, de bonne famille, instruit, capable, comme beaucoup de ses compatriotes, d’analyse psychologique, et qui rédigea en français cette confession en 1912. Il faut tenir compte de ces dates pour comprendre certaines allusions politiques et sociales. » (Havelock Ellis, « Confession sexuelle d’un Russe du Sud », Études de Psychologie sexuelle, t. VI, Éd. Mercure de France, Paris, 1926.)
Confession sexuelle d’un Russe du Sud
Études de Psychologie sexuelle (15)
« J’ai maintenant environ quarante ans. J’ai passé les huit ou neuf dernières années dans les fumées de la luxure. Pendant cette période, au milieu des jouissances physiques, j’ai été très malheureux. J’ai dû renoncer à la femme que j’aimais et à l’espoir de fonder une famille (par un caprice des circonstances extérieures, j’ai mené une existence absurde, étant fait, cependant — j’en suis convaincu — pour une tranquille vie monogamique), j’ai eu des maladies vénériennes qui m’ont cruellement fait souffrir, physiquement et moralement, je suis devenu masturbateur… Et dire que, depuis mon enfance, les maladies vénériennes et la masturbation étaient les choses que je craignais le plus ! J’ai acquis des passions honteuses et ridicules ; ma santé générale, depuis que j’ai cessé d’être continent, est redevenue mauvaise. Mon système nerveux est détraqué. J’ai des insomnies fréquentes et des cauchemars. Le coït lui-même n’est devenu pour moi qu’un excitant à la masturbation. Je me méprise moi-même. Ma vie n’a pas de but et j’ai perdu tout intérêt pour les choses honnêtes. J’accomplis mon travail professionnel avec indifférence et il me devient de plus en plus difficile de m’en acquitter consciencieusement. Un travail que je faisais autrefois très aisément demande aujourd’hui de moi un effort pénible. L’avenir m’apparaît sous des couleurs de plus en plus sombres. » (Confession sexuelle d’un Russe du Sud).
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Études de Psychologie sexuelle (14)
« Une fois j’ai vu une scène qui m’a frappé d’étonnement et que je ne parviens pas à m’expliquer. Je me tenais debout sur le trottoir d’une rue de Milan, pas loin d’un groupe de quatre fillettes du peuple qui jouaient sur un tas de sable ; les deux plus jeunes devaient avoir huit ans, les deux autres dix et onze. Je les guettais depuis longtemps sans arriver à aucun résultat, car il faut souvent attendre longtemps pour surprendre un mouvement qui découvre les parties cachées et pour éviter en même temps d’attirer l’attention des passants. Mais voilà qu’une fillette, en ramassant du sable, s’accroupit juste en face de moi en relevant son jupon de manière à découvrir tout son ventre et sa vulve. Ce faisant, elle ne me regardait pas et je croyais à une distraction, une négligence, déjà rare chez une enfant de cet âge. Mais le geste était intentionnel. Car, quelques minutes après, la même fillette revint au même endroit, avec ses trois compagnes, toutes s’accroupirent en face de moi, mais cette fois en me regardant et, en posant leurs doigts sur leur clitoris, se mirent à uriner ensemble. Puis elles se levèrent et s’en allèrent en riant. Que signifiait cette scène ? Les fillettes ont-elles compris ce que je cherchais et m’ont-elles offert ce spectacle pour me complaire ? Ou bien était-ce pour se moquer de moi ? Ou bien était-ce une espèce de défi, un geste de mépris pour le débauché que leur précoce expérience leur faisait deviner ? Ou bien, enfin, n’y avait-il aucune arrière-pensée érotique en cela ? Les enfants se sentaient gênées de voir qu’un étranger observait leurs jeux et, pour le faire partir, peut-être n’avaient-elles fait là qu’une incongruité aussi innocente dans leur pensée que le geste de tirer la langue… Je ne pouvais savoir quelle était, parmi ces explications, la bonne, mais cette vision rapide m’émut fortement et m’obligea à me masturber, dans ma chambre, je ne sais combien de fois. Ce fut une des plus fortes émotions sexuelles de ma vie. » (Confession sexuelle d’un Russe du Sud).
Confession sexuelle d’un Russe du Sud
Études de Psychologie sexuelle (13)
« Les deux fillettes étaient également savantes : elles me donnèrent des renseignements sur la pédérastie et l’amour lesbien dans leur ville, pratiquaient ce dernier elles-mêmes, entre elles et avec des amies, avaient assisté à des copulations raffinées (entre autres, au coït d’une femme avec un chien, d’un homme avec un canard, à qui il coupa le cou pendant l’acte : c’était aussi un Anglais à des coïts combinés de plusieurs personnes en pyramide), avaient posé pour des photographies obscènes, etc. Elles étaient très sensuelles, mais, chose curieuse, la plus jeune l’était encore plus que l’aînée : elle avait des orgasmes violents, avec un visage d’agonisante et des sécrétions abondantes, adorait les conversations, photographies et lectures obscènes, exerçait ses talents érotiques avec passion. Quand je venais à la maison, son visage rayonnait de joie et je me souviens de l’air profondément navré et malheureux qu’elle eut quand, un jour, par économie, je dis que je me contenterais de la seule aînée : quand, après la séance avec celle-ci, je sortis de la chambre, je vis la plus jeune assise sur une chaise devant la porte, aux écoutes, le visage jauni de chagrin, toute frissonnante de désir non assouvi. Et quelle joie la fois suivante quand je l’ai invitée à son tour ; elle se mit à danser. Elle me dit un jour : "Quand j’entends parler des hommes, je n’en puis plus, je m’en vais à la cuisine !… — Pourquoi ? fis-je, ne comprenant pas. — Mais pour me soulager avec le doigt (per sfogarmi col ditino !)." Elle confessa aussi qu’elle éprouvait les désirs charnels les plus forts au matin, après le réveil. Elle aimait à baiser mon pénis, de son propre mouvement et indépendamment de la fellatio : elle exprimait ainsi son amour pour cet organe. » (Confession sexuelle d’un Russe du Sud).
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Études de Psychologie sexuelle (12)
« J’ai vécu dans la chasteté absolue de vingt à trente-deux ans. L’abstinence me pesa au commencement, ensuite je m’y suis habitué et ne pensai plus aux femmes. En revanche, mes occupations et mes lectures professionnelles, les causeries avec des gens instruits et intelligents qui ne manquent pas à Milan me rendaient la vie intéressante. Ma santé était maintenant assez bonne ; je restais faible de poitrine et nerveux, mais la tuberculose ne me menaçait plus, comme c’était le cas, suivant les médecins, au moment de mon départ de la Russie. Les pollutions nocturnes devenaient plus rares ; elles eurent lieu, d’abord, une fois par semaine, ensuite une fois toutes les deux semaines, enfin, vers trente ans, une fois tous les vingt jours ou tous les mois. Elles étaient toujours accompagnées d’images d’organes sexuels de la femme ; ordinairement, je rêvais que j’allais coïter et l’éjaculation avait lieu avant l’exécution de l’acte ; quelquefois, cependant, j’accomplissais en rêve l’acte tout entier et l’éjaculation avait lieu à la fin. Dans ce cas je sentais une satisfaction plus complète. Quelquefois je me réveillais avant l’éjaculation et tâchais de me rendormir pour prolonger la vision voluptueuse, ce qui ne me réussissait pas toujours. Mais alors j’avais habituellement une éjaculation la nuit suivante, elle était toujours accompagnée d’images voluptueuses. Après des lectures érotiques, j’avais des pollutions en dehors des périodes normales. Contrairement à ce que j’avais lu dans les livres, j’ai vu, par ma propre expérience, que l’instinct sexuel se surexcite d’autant plus qu’on le satisfait davantage et s’apaise, se calme quand on prête moins d’attention à ses appels. Cela me paraît étrange, mais c’est bien ainsi que les choses se passent. » (Confession sexuelle d’un Russe du Sud).
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