Auteur : Pidansat de Mairobert
Mots-clés : Saphisme
C’est à l’infidélité du secrétaire de milord All’Ear que nous devons la découverte du manuscrit que nous donnons au public. Il s’en doute : cela se pratique toujours ainsi, et tout avertissement à cet égard serait inutile. Mais, ce qu’il est plus essentiel de lui apprendre, c’est que, soit que milord change ou non de secrétaire, soit qu’il fasse enfermer, pendre, rouer, empaler ce confident, il n’en sera pas mieux servi, et nous espérons (pour ne pas dire nous sommes certains) que le vol se renouvellera tous les ans en notre faveur.. Nous en ferons à l’instant part à nos lecteurs, et ils l’accueilleront sûrement, car le larcin donne un grand relief aux ouvrages, n’eussent-ils que ce mérite. Notre réflexion dénigrante ne peut pas tomber sur celui-ci : nous l’avons adopté, et nous souhaitons que ce choix soit ratifié par nos compatriotes.
Les hostilités entre la Grande-Bretagne et la France, survenues à l’occasion des secours fournis par celle-ci aux colonies révoltées de la première, ont ranimé le zèle patriotique de Milord All’Eye, toujours caché dans la capitale de nos ennemis jurés. Comme ce Seigneur a été assez heureux pour faire de nouvelles découvertes, principalement sur ce qui concerne la marine Française et celle de l’Espagne, nous nous empressons d’en faire part au public, en lui présentant une nouvelle édition refondue et augmentée de cette correspondance, aussi intéressante qu’amusante, qui paraît actuellement sous son véritable titre, celui de l’ESPION ANGLAIS.
La Secte des Anandrynes
Suite et fin de la confession d’une jeune fille (L’Espion anglais : Lettre XIV)
par Pidansat de Mairobert« Après l’avoir excité par ce préambule auquel elle mêlait les premières embrassades, les caresses préliminaires, lui ordonne de se déshabiller. Elle se met nue en même temps, puis ouvre une armoire d’où elle tire une double cuirasse de crins parsemée en dedans d’une infinité de petites pointes de fer arrondies par le bout ; elle le revêt sur la poitrine et sur le dos de cet instrument de pénitence converti en instrument de luxure. Elle en attache les deux parties de chaque côté par des cordons du même tissu, puis elle adapte à celle qui couvre l’estomac une chaîne de fer, qu’elle passe sous les testicules, qui se trouvent soutenus par une espèce de bourse occupant le milieu de la chaîne. Cette bourse est de crin encore, mais à claire-voie, de manière à ne point empêcher les attouchements de la main sur ces sources du plaisir ; quant à la chaîne, elle vient se rattacher de l’autre part ; enfin, elle lui met à chaque poignet un bracelet du même genre que la cuirasse. Je ne connaissais point cet appareil, et je n’en aurais jamais soupçonné l’effet. Je n’en pus douter quand je vis ce prêtre paillard ainsi armé entrer en érection, quoique faiblement. Alors Madame Richard prend des verges et, le flagellant d’importance sur les cuisses, sur les fesses et sur les reins, lui fait faire plusieurs fois le tour de la chambre. » (Pidansat de Mairobert, Confession de Mademoiselle Sapho).
La Secte des Anandrynes
Suite de la confession d’une jeune fille (L’Espion anglais : Lettre XII)
par Pidansat de Mairobert« La manuélisation, aidée ou réciproque, est surtout à l’usage des personnages graves que vous verrez ici ; obligés d’envelopper leurs faiblesses du plus profond mystère, ils craignaient qu’un enfant maladroitement jeté en moule, ou quelque maladie honteuse dont les symptômes ne peuvent guère se cacher ne les décelassent. Cette dernière considération détermine à user de la même recette beaucoup de séculiers, persuadés que le mal syphilitique ne se gagne que par le contact vénéneux des parties, organes de la génération. Le cours de tribaderie que vous avez fait, ma chère Sapho, vous a sans doute rendue très propre à l’autre exercice lorsque vous en aurez reçu les documents ; car vous ne pouvez en avoir acquis beaucoup avec un jeune amant fougueux ne recherchant qu’une jouissance rapide, toujours ardent à la conclusion parce qu’il était toujours prêt à recommencer. Vous aurez affaire ici à des hommes d’un âge mûr, chez qui le grand feu du tempérament se trouve amorti, et l’imagination doit suppléer aux facultés. Il faut d’abord vous apprendre la langue du métier, dont l’usage nous est indispensable et de la plus grande importance ; le terme propre placé à propos produit souvent plus d’effet, frappe, émeut, aiguillonne plus vivement les sens que l’image galante qu’y substitue par une longue circonlocution une belle parleuse. Je vous donnerai ensuite la définition de chaque mot que vous n’entendez pas, et enfin je vous indiquerai l’application de diverses pratiques de notre état. » (Pidansat de Mairobert, Confession de Mademoiselle Sapho).
La Secte des Anandrynes
Confession d’une jeune fille (L’Espion anglais : Lettre IX)
par Pidansat de Mairobert« J’étais parvenue ainsi à ma quinzième année ; j’étais grande fille, et tous mes défauts avaient crû avec l’âge. Il s’en développa bientôt de nouveaux : je devins lascive singulièrement. Sans savoir pourquoi, ni ce que je faisais, ni ce que je voulais, je me mettais nue dès que j’étais seule. Je me contemplais avec complaisance, je parcourais toutes les parties de mon corps, je caressais ma gorge, mes fesses, mon ventre ; je jouais avec le poil noir qui ombrageait déjà le sanctuaire de l’amour ; j’en chatouillais légèrement l’entrée, mais je n’osais y faire aucune intromission ; cela me paraissait si étroit, si petit, que je craignais de me blesser. Cependant je sentais en cette partie un feu dévorant. Je me frottais avec délice contre les corps durs, contre une petite soeur que j’avais et qui, trop jeune pour travailler, restait avec moi. Un jour, ma mère, revenue des champs de meilleure heure, me surprit dans cet exercice ; elle entra en fureur, elle me traita comme la dernière des malheureuses ; elle me dit que j’étais un mauvais sujet qui ne serait jamais propre à rien, une dévergondée qui déshonorerait ma famille, une prostituée qu’il fallait envoyer au couvent de la Gourdan. » (Pidansat de Mairobert, Confession de Mademoiselle Sapho).